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CHAPITRE II - PARTIE 2 : LA CITOYENNETÉ PARTAGÉE, LA DUALITÉ LINGUISTIQUE ET L’ÉVOLUTION DE LA DIVERSITÉ CULTURELLE

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Les Canadiens ont toujours eu des débats existentiels lorsqu’il était question d’identité et ils se sont souvent définis par leurs différences avec leur voisin du Sud. Un élément de l’identité canadienne qui les différencie clairement est le fait que le Canada est formé de deux groupes linguistiques, qui ont émergé d’un accommodement qui a commencé au début de son histoire. De fait, depuis les tout débuts de l’histoire de notre pays, les deux communautés linguistiques ont travaillé ensemble et ont établi une relation fondée sur le respect mutuel. Elles ont appris à faire place aux différences et à instaurer un dialogue.

« Les approches canadiennes en matière de diversité reflètent naturellement les réalités canadiennes. En principe, le Canada est l’un des pays les plus multiculturels au monde. Parmi les pays de l’OCDE, il occupe une position presque unique en raison de la cœxistence de trois dimensions de la différence : la division historique entre les communautés d’expression française et anglaise, qui représente la réalité centrale de la vie politique canadienne; la présence d’Autochtones un peu partout au pays, dont bon nombre revendiquent depuis longtemps leur autonomie; et d’importantes communautés d’immigrants [traduction] ».17

Au fil du temps, l’ouverture et l’esprit d’accommodement issus de la relation entre les deux communautés linguistiques ont également ouvert la porte au développement du Canada comme une nation inclusive et multiculturelle, grâce à l’arrivée de vagues successives d’immigrants qui ont fuit l’oppression, ou qui cherchaient un meilleur avenir et souhaitaient recommencer leur vie dans un pays démocratique.

Les valeurs qui sous-tendent la dualité linguistique – l’acceptation, la tolérance et l’ouverture aux autres cultures – ont joué un rôle important dans l’évolution pacifique du pays et son attrait comme pays d’accueil. Comme l’a récemment déclaré Michael Adams, « la réciprocité de l’accommodement raisonnable n’est pas un principe si nouveau après tout : on retrouve en effet des lois, des règles, des normes, des institutions et des forces d’intégration économique, culturelle et sociale extrêmement puissantes. Les Canadiens épousent ce principe depuis très longtemps18. » [traduction]

Lorsqu’ils font l’apprentissage de leur deuxième langue officielle et qu’ils découvrent la culture de l’autre groupe de langue officielle, bon nombre de Canadiens vivent des expériences qui leur permettent de comprendre ce que vivent les immigrants et d'être plus sensibles à leur situtation. Bien que le passage à l’action et à des mesures concrètes ait tardé à venir, cette capacité à reconnaître et à accommoder la différence a maintenant des répercussions sur la façon dont la société canadienne répond aux besoins, par exemple, des Autochtones, qui ont été marginalisés sur les plans économique, culturel et géographique.

Le Commissariat aux langues officielles s’intéresse à la relation entre les langues officielles et la diversité culturelle depuis un certain temps. Dans son rapport annuel 2005-2006, la commissaire en poste à l’époque a traité en profondeur de l’avenir du pays et de la contribution de la dualité et de la diversité au développement et à la modernisation du Canada. Elle y a expliqué la façon dont l’obligation de promouvoir la dualité linguistique et de soutenir les communautés de langue officielle devait être envisagée dans un contexte en évolution marqué par l’influence croissante de la diversité culturelle. Par ailleurs, elle a présenté une recommandation au gouvernement fédéral, demandant que la ministre des Langues officielles entame un dialogue auprès des intervenants de la société canadienne dans le but de déterminer les mesures à prendre pour intégrer les valeurs de la dualité et de la diversité aux politiques fédérales.

En 2005-2006, la commissaire a recommandé :

« Que la ministre des Langues officielles entame un dialogue auprès des divers intervenants de la société canadienne dans le but de déterminer les actions à prendre afin de pleinement intégrer à notre mode de gouvernance les valeurs fondamentales que sont la dualité linguistique et la diversité culturelle et d’en tirer tous les avantages qui en découlent. »

Le gouvernement n’a pas donné suite à la recommandation, mais cette question est plus importante que jamais et doit être traitée si on veut continuer à promouvoir la dualité linguistique comme un élément essentiel de l’identité canadienne et de l’unité nationale. De façon plus audacieuse, on doit pouvoir répondre à ceux qui, avec raison ou non, remettent en question la pertinence de la dualité linguistique comme une partie intégrante de la citoyenneté, de l’identité et des valeurs canadiennes dans le contexte actuel de la diversité croissante. Le commissaire se fait souvent demander comment on peut justifier l’existence des politiques et des dépenses fédérales en matière de dualité linguistique lorsque 46 p. 100 et 40 p. 100 des résidents de Toronto et de Vancouver respectivement sont nés à l’étranger et que plus de 100 langues sont parlées dans les foyers de la plus grande ville du Canada. Par ailleurs, étant donné que la population de ce pays connaît une croissance principalement grâce à l’immigration et que la plupart des immigrants s’intègrent à la communauté anglophone majoritaire, quelles mesures peut-on prendre pour continuer d’appuyer une forte présence de francophones un peu partout au pays et faire en sorte que les deux groupes de langue officielle profitent autant l’un que l’autre de l’arrivée d’immigrants?

Dans les pages suivantes, nous parlerons de la vision d’un pays en pleine évolution, d’une nation culturellement diversifiée où le dialogue national se déroule dans deux langues officielles qui sont ancrées dans l’histoire du pays et qui doivent être au cœur de notre avenir. Le commissaire espère que le gouvernement fédéral aura la volonté d’examiner les liens qui existent entre les programmes et politiques en vigueur sur la dualité linguistique et le multiculturalisme pour les adapter à la nouvelle réalité du pays.

UNE PERSPECTIVE HISTORIQUE

La réflexion sur la relation entre la dualité linguistique et la diversité culturelle du Canada n’est pas nouvelle. Le débat a cours depuis les années 1960 alors que la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme déclarait, dans son rapport préliminaire publié en 1965, que le Canada vivait la plus grande crise de son histoire, en raison du mouvement indépendantiste au Québec et de l’hostilité à l’égard du français dans le reste du pays. Dans ses recommandations, la Commission proposait un nouveau partenariat entre les Canadiens francophones et anglophones. À partir de ce moment, le gouvernement du Canada fonctionnerait plus efficacement en français, et les provinces à forte population anglophone seraient encouragées à accroître leur offre de services publics dans la langue de la minorité, là ou la demande le justifierait. On prendrait aussi des mesures pour reconnaître la contribution et le patrimoine des autres communautés culturelles. Par suite de ces recommandations, les gouvernements successifs ont adopté la Loi sur les langues officielles en 1969, une politique du multiculturalisme en 1971, la Charte canadienne des droits et libertés en 1982 et la Loi sur le multiculturalisme canadien en 1988.

« La reconnaissance et le respect de la diversité sont au cœur de l’histoire politique du Canada, et les débats contemporains au sujet du multiculturalisme ne sont que la continuation d’une conversation qui a cours depuis longtemps au pays. Cette tradition est fondée dans les engagements historiques à l’égard du Canada français et des Autochtones, qui se voient tous deux – et de plus en plus par les autres – comme des sociétés distinctes ou “nations” au sein de l’État canadien. Ces accommodements encadraient le contexte culturel du Canada, où l’on retrouvait de nouvelles formes de diversité découlant de l’immigration des XIXe et XXe siècles. [traduction]19. »

LES RÉALITÉS ACTUELLES

Les données du recensement de 2006 montrent les répercussions croissantes de l’immigration et de la population allophone sur le paysage linguistique du Canada. L’augmentation du nombre d’allophones continue de faire baisser la proportion des personnes ayant comme langue maternelle le français ou l’anglais. Au total, 20 p. 100 de la population a pour langue maternelle une langue autre que le français ou l’anglais. Comme le Canada dépend de plus en plus de l’immigration pour assurer la croissance de sa population, il n’est pas surprenant que la proportion des gens qui ont pour langue maternelle une des deux langues officielles diminue.

Après la publication des données du recensement, les médias ont rarement abordé le fait que la diversité du Canada s’exprime encore essentiellement dans nos deux langues officielles, et que les immigrants adoptent une des deux langues officielles comme langue d’usage. En 2006, la grande majorité (93,6 p. 100) des Canadiens nés à l’étranger indiquaient qu’ils pouvaient tenir une conversation en français, en anglais ou dans les deux langues officielles. On a constaté la même chose chez les nouveaux arrivants20 au pays (90,7 p. 100). Par ailleurs, l’utilisation de l’une ou des deux langues officielles par les immigrants augmente naturellement en fonction du nombre d’années passées au Canada. En effet, le français et l’anglais restent clairement les langues qui façonnent le dialogue national dans notre pays21, et le taux de bilinguisme des anglophones et des allophones continue d’augmenter, mais bien qu’assez lentement22.

« [...] comme nous sommes une société hautement pluraliste, le temps est peut-être venu de penser à ce que nous avons en commun, plutôt que de célébrer nos différences. En cherchant nos points communs, nous devons tourner notre regard vers l’histoire, celle de l’union du Canada français et du Canada anglais qui a mené à l’établissement des institutions démocratiques et à la création des valeurs sur lesquelles reposent la prospérité et la force de notre pays [traduction] »

Rudyard Griffiths23

REGARDS VERS L’AVENIR : LA PLEINE PARTICIPATION DE TOUS LES CANADIENS AU DIALOGUE À L’ÉCHELLE NATIONALE

Dans une allocution qu’il a prononcée à Québec en juin 2007, l’ancien président américain Bill Clinton expliquait que, pour réussir, toute communauté doit remplir trois conditions minimales :

(1) tous les membres doivent être capables de participer pleinement à la vie communautaire au meilleur de leurs capacités;

(2) la responsabilité du succès doit être partagée par tous,

(3) tous les membres de la communauté doivent partager un sentiment d’appartenance24. Toute en complexité et en évolution, l’identité canadienne exige un leadership rigoureux de la part du gouvernement fédéral qui doit veiller à ce que, à l’avenir, elle continue d’être inclusive et fondée sur des valeurs communes, sur la notion de pleine participation et d’égalité des chances, ainsi que sur le sentiment d’appartenance.

« La dualité linguistique et la réalité de la diversité culturelle sont deux choses qui me semblent essentielles à notre idée de nous-mêmes comme Canadiens et Canadiennes. »

La très honorable Adrienne Clarkson25

Les deux langues officielles du Canada ont façonné notre passé et devraient continuer à jouer un rôle primordial pour faciliter le dialogue et favoriser la cohésion au pays dans les années à venir. Lorsqu’on imagine la nouvelle réalité d’une nation de plus en plus diversifiée, urbaine et multiculturelle, deux questions fondamentales sur la dualité linguistique doivent être examinées :

(1) Comment faire en sorte que les communautés francophones profitent équitablement de l’immigration afin qu’elles puissent continuer à s’épanouir et à contribuer au dialogue national?

(2) Comment veiller à ce que la dualité linguistique continue de représenter, pour tous les Canadiens, un élément qui les réunit et une pierre angulaire de l’unité nationale?

L’IMMIGRATION ET LES COMMUNAUTÉS FRANCOPHONES

Colin Robertson déclarait dans un récent article26, que la « francité » reste un élément essentiel de l’identité canadienne : elle est pancanadienne et n’est pas confinée au Québec. Un pays de plus en plus dépendant de l’immigration doit veiller à ce que sa population d’expression française puisse s’épanouir et profiter de l’arrivée des nouveaux immigrants de la même façon que sa population d’expression anglaise. Il s’agit d’un défi que doit relever autant le gouvernement du Québec que les communautés francophones en situation minoritaire au pays.

Pour les francophones en situation minoritaire, le fait de dépendre de l’immigration pour assurer leur croissance démographique présente certains défis. À l’extérieur du Québec, une infime proportion des immigrants parlent déjà le français à leur arrivée ou adoptent le français comme langue d’usage. Par conséquent, l’immigration constitue pour les francophones une force soustractive qui diminue non seulement leur poids démographique par rapport à l’ensemble du pays, mais aussi la vitalité du français au pays. Du côté anglophone, l’apport des immigrants a l’effet contraire, car la grande majorité des immigrants viennent s’ajouter à la population qui a l’anglais comme langue d’usage.

Cette perte de vitalité de la francophonie canadienne pourrait s’accélérer, à moins qu’on ne prenne des moyens vigoureux pour augmenter le nombre d’immigrants qui parlent français et qui sont susceptibles de s’intégrer aux communautés de langue officielle. Heureusement, à la suite des interventions de la communauté francophone et du Commissariat, Citoyenneté et Immigration Canada a pris cette question au sérieux en lançant, en 2002, une vaste initiative destinée à augmenter le nombre d’immigrants francophones et à favoriser l’établissement et la rétention de ces immigrants dans les communautés francophones en situation minoritaire. En 2006, le Comité directeur de Citoyenneté et Immigration Canada–Communautés francophones en milieu minoritaire a présenté un nouveau plan quinquennal qui définit les cibles à atteindre et les stratégies à privilégier. En 2008, on peut constater que l’initiative lançée six ans plus tôt a entraîné la création d’un grand nombre de projets à l’échelle nationale ainsi que dans toutes les provinces, même s’il faudra attendre encore quelques années pour obtenir des résultats probants. Parmi les projets nationaux entrepris en 2007, mentionnons :

  • En novembre, une délégation composée de représentants des communautés francophones, des gouvernements provinciaux et d’employeurs ont participé à une tournée de recrutement et de promotion. Cette tournée intitulée Destination Canada a mené la délégation à Paris, à Lyon, à Bruxelles et à Tunis.

  • En septembre, l’Association canadienne pour l’éducation en langue française a tenu son congrès annuel sous le thème de la diversité culturelle dans les écoles. La Fédération nationale des conseils scolaires de langue française a adopté le même thème lors de son colloque annuel. Ce colloque a permis d’explorer les enjeux relatifs à l’accueil de nombreux immigrants qui choisissent le système scolaire francophone.

  • La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada a effectué une tournée des réseaux existants d’immigration francophones afin de déterminer les besoins et lacunes en fait d’accueil. Les renseignements recueillis ont servi à suggérer des correctifs au Comité directeur de Citoyenneté et Immigration Canada.

De nombreux projets ont également été entrepris dans des provinces et territoires. Dans la plupart des provinces, on a pu créer une structure d’accueil ou renforcer celles qui existaient déjà. La majorité des projets en cours se fondent sur une stratégie globale qui vise à coordonner les activités dans tous les domaines dont la promotion de la communauté d’accueil, les services d’établissement, la scolarisation des enfants, l’engagement des employeurs et la sensibilisation des communautés à la diversité culturelle. De cette façon, toute la communauté est engagée dans l’effort d’intégration. Voici quelques exemples de projets en cours :

  • Le Carrefour d’immigration rurale de la région Évangéline a élaboré un guide pour les nouveaux arrivants et lancé un DVD pour faire la promotion de cette région de l’Île-du- Prince-Édouard. En octobre 2007, le Festival Acadiversité, dont le thème était la diversité culturelle, a connu un franc succès.

  • Grâce au soutien des paliers provincial et fédéral, l’Ontario s’est doté de trois réseaux pour l’immigration, un dans la région du Sud- Ouest, un autre dans la région de l’Est et un troisième dans la région du Nord. Ces trois réseaux sont à élaborer des plans stratégiques qui seront adaptés aux besoins de leurs milieux respectifs. Un centre a été créé à London pour offrir, sous un même toit, les services d’établissement, d’emploi et d’orientation. Le bureau de l’Ontario de Citoyenneté et Immigration Canada verse des fonds à l’Université d’Ottawa pour qu’elle élabore une stratégie triennale d’attraction et de maintien des immigrants francophones dans les communautés de langue officielle de cette province.

  • Le gouvernement albertain, en collaboration avec l’Association canadienne-française de l’Alberta, a entamé une vaste recherche afin de déterminer les besoins en matière d’établissement. Les résultats de la recherche permettront de mettre en œuvre des mesures concrètes. En 2007, le Centre d’accueil et d’établissement d’Edmonton a fourni des services d’établissement à plus de 350 immigrants francophones. Le centre Accèsemploi a lancé un projet pour faciliter l’adaptation et l’intégration des jeunes immigrants grâce aux liens créés entre l’école et la famille de ces jeunes.

  • L’Assemblée communautaire fransaskoise a réalisé un guide intitulé Vivre en Saskatchewan – guide pour une intégration réussie. Une foire interministérielle organisée par cette organisation a permis de sensibiliser plusieurs ministères provinciaux à la question de l’immigration. En septembre 2007, le premier ministre, Lorne Calvert, a accueilli au palais législatif un important groupe d’immigrants francophones.

  • En septembre 2007, le gouvernement de la Colombie-Britannique a publié un rapport dans lequel il formule un éventail de recommandations destinées à améliorer les services d’établissement en français qui seront mises en œuvre en 2008. Par ailleurs, la province a financé l’embauche de trois travailleurs en établissement dans les écoles francophones afin de faciliter l’accueil des nouveaux arrivants.

  • L’Association franco-yukonnaise a créé des structures d’accueil qui visent autant les nombreux Canadiens venus des autres provinces que les immigrants. Cette communauté s’est dotée de moyens et de structures qui correspondent à ses besoins27.

Malgré ces progrès notables, on constate que le recrutement a donné des résultats plutôt modestes jusqu’à maintenant28. En plus des efforts du gouvernement fédéral, il faudrait que les provinces consultent les communautés francophones sur leurs besoins, comme prévoient la plupart des ententes fédérales-provincialesterritoriales en matière d’immigration, et qu’elles favorisent la sélection de candidats francophones qualifiés. Grâce à leurs divers programmes, comme les programmes provinciaux de nomination des candidats, tous les ordres de gouvernement peuvent contribuer à favoriser l’immigration francophone. Cependant, leurs mécanismes de promotion et de sélection doivent mieux s’arrimer aux stratégies et aux besoins des communautés. De plus, à toutes les étapes du processus d’immigration, l’image d’un Canada bilingue et de communautés francophones dynamiques doit être reflétée. La plupart des structures d’accueil en français sont à l’état embryonnaire alors que certaines communautés, dont la petite communauté de Brooks, en Alberta, voient littéralement déferler les nouveaux arrivants et que les écoles ont de la difficulté à intégrer les élèves venus d’ailleurs, faute d’espace et de ressources. Il est évident que des sommes importantes devront être investies dans la création de structures d’accueil capables de satisfaire à la demande. Les fonds provenant du budget d’établissement de Citoyenneté et Immigration Canada doivent permettre aux communautés d’améliorer ces services à un rythme soutenu.

Lors d’un forum organisé par le Commissariat à Toronto en octobre 2007 avec des représentants de communautés ethno-culturelles, les participants francophones ont cerné des enjeux liés à l’interaction quotidienne de la dualité linguistique et de la diversité culturelle, soit :

  • Services en français : La faible disponibilité des services en français est un enjeu d’importance. En Ontario, les services offerts par les gouvernements ne sont pas toujours disponibles en français. Là où le service en français existe, il est trop souvent de piètre qualité. Ainsi, beaucoup de Canadiens qui croient les services en français moins adéquats que ceux offerts en anglais n’en font plus la demande.

  • Services d’intégration : Le français est pratiquement inexistant à Toronto comme instrument d’intégration des nouveaux arrivants. Les francophones s’intègrent donc à la communauté anglophone où les services sont plus disponibles et mieux répartis sur le territoire.

  • Identification des francophones : Pour plusieurs, la tendance à mettre l’accent, dans nos statistiques officielles et nos programmes sur les francophones de langue maternelle exclut de nombreux immigrants, en provenance notamment d’Afrique francophone qui n’ont pas le français comme « langue maternelle ». Ils sont comptabilisés comme allophones et cette façon de procéder nuit à leur sentiment d’appartenance et à la visibilité des communautés francophones.

Par ailleurs, les services offerts doivent être adaptés aux besoins particuliers des nouveaux arrivants. Ainsi, certaines communautés accueillent plus de réfugiés (qui ont des besoins plus spécifiques que les autres immigrants) pendant que d’autres (comme celle du Yukon et de l’Alberta) reçoivent de forts contingents de francophones, tant des jeunes entrepreneurs et professionnels du Canada que des immigrants.

De plus, le type de communauté d’accueil est à prendre en considération. Une personne qui s’installe dans une petite municipalité bilingue du Manitoba vit sans aucun doute une expérience fort différente de celle qui déménage à Toronto, où l’on trouve une communauté francophone importante, mais dispersée. Il faut que le nouvel arrivant à Toronto se rende compte dès son arrivée qu’il existe une communauté francophone à laquelle il peut se joindre. Par ailleurs, il est plus probable que des membres de la famille ou des amis de cet immigrant vivent déjà à Toronto (ce qui pourrait faciliter son intégration), mais cette possibilité est moindre s’il choisit de s’installer à Évangéline, à l’Île-du-Prince-Édouard. Il faut considérer ces facteurs lorsque l’on procède à la planification des services.

En ce qui a trait à l’intégration, la plupart des communautés ont pris des mesures pour préparer les résidents à la diversité culturelle et ainsi favoriser l’intégration des nouveaux arrivants. Cependant, l’intégration réelle se fait à long terme et non pas seulement durant les six mois suivant l’arrivée. En effet, il ne suffit pas, pour se sentir intégré, d’occuper un emploi, de  trouver un logement et d’inscrire ses enfants à l’école. Il faut aussi pouvoir profiter de tous les aspects de la vie communautaire : sports, loisirs, associations communautaires, soutien aux aînés, etc. Les communautés doivent reconnaître d’emblée l’apport potentiel des nouveaux citoyens et faire le nécessaire pour que ces derniers prennent part aux activités et projets communautaires. Les communautés francophones en situation minoritaire, qui ont souvent eu à défendre leurs droits linguistiques, ont mis sur pied des institutions et des organismes forts et leur ont donné le mandat de protéger et promouvoir leur langue et leur culture. Au fil des ans, ces institutions se sont attachées à soutenir les traditions et les valeurs qui ont contribué à définir la communauté et à lui donner des assises solides. L’intégration réelle et profonde des immigrants francophones dans les communautés pourrait exiger que les communautés et les gouvernements prennent le temps de réfléchir à ces valeurs et à une définition du citoyen « francophone ». Le désir de vivre en français, le fait d’exprimer son attachement à la langue et à la culture françaises ou l’usage du français dans ses rapports sociaux devraient suffire à déterminer son appartenance à la francophonie canadienne.

Les années à venir seront déterminantes pour l’immigration francophone. Bien que les provinces et les municipalités aient un rôle important à jouer en ce qui concerne les structures d’accueil (puisque plusieurs des projets décrits reçoivent du financement provincial ou municipal), il n’en demeure pas moins que ces initiatives ont pu être lancées grâce au leadership exercé par le gouvernement fédéral. Il faut reconnaître que le Plan d’action 2003-2008 a donné le signal dont les communautés avaient besoin pour se mobiliser et s’organiser. Il s’agit maintenant de donner un deuxième signal pour leur permettre de rester dans la bonne voie. Le temps est venu de faire des efforts ciblés, soutenus et importants pour que la présence du français continue de s’affirmer dans le Canada de demain.

LES IDENTITÉS MULTIPLES ET LE DIALOGUE À L’ÉCHELLE NATIONALE DANS LES DEUX LANGUES OFFICIELLES

Outre les défis démographiques que représente le soutien d’une forte présence francophone un peu partout au pays, le second enjeu auquel les Canadiens sont confrontés lorsqu’ils pensent à l’avenir est de veiller à ce que tous, peu importe leur origine, aient la dualité linguistique en commun et qu’ils puissent y participer, et à ce qu’ils la reconnaissent comme une pierre angulaire et une valeur commune servant de fondement au pays. Dans un récent rapport sur la diversité culturelle au Canada, les responsables du Projet de recherche sur les politiques du gouvernement fédéral libellaient la question en termes plus généraux, cherchant à déterminer la façon de favoriser la diversité sans créer de divisions et d’encourager la citoyenneté partagée ou ouverte à tous dans une société multiculturelle29. Comment les langues officielles du Canada pourront-elles façonner la notion de citoyenneté partagée?

Forum sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique

En octobre 2007, le Commissariat aux langues officielles a organisé à Toronto un forum qui a donné l’occasion à des représentants de communautés ethnoculturelles de discuter de leur perception des langues officielles du Canada.

Les participants ont souligné leur volonté de contribuer à la société canadienne de diverses façons et de participer pleinement au dialogue national. Ils ont aussi reconnu que la dualité linguistique est un des éléments qui unissent les Canadiens et qui favorisent le multiculturalisme.

Les participants ne parlaient pas tous les deux langues officielles, mais ils souhaitaient tous avoir plus de possibilités d’apprendre l’autre langue officielle. Pour eux, la maîtrise des deux langues officielles permet, en plus de contribuer à l’intégration économique des immigrants, de mieux comprendre le pays, son histoire et sa culture, ainsi que de favoriser l’unité nationale. On constate, sans l’ombre d’un doute, une volonté et un fort désir de dialogue et une compréhension de la dualité linguistique comme valeur canadienne fondamentale. Bon nombre de participants ont souligné l’importance de trouver de nouvelles façons de nouer des liens entre les diverses communautés, à l’échelle tant locale que nationale.

De nos jours, la population canadienne a de multiples visages : ses membres peuvent être unilingues, bilingues ou multilingues; ils viennent souvent d’autres pays, avec lesquels ils maintiennent des liens par la famille, les amis et les traditions. Par ailleurs, ils adoptent l’identité collective et les valeurs communes du Canada. Malgré leurs différences et multiples identités, ils sont unis par les langues officielles du Canada, lesquelles favorisent le dialogue national. De fait, le fondement même de l’unité nationale et de la raison d’être du Canada reste la compréhension mutuelle entre le Canada anglais et le Canada français. La richesse de cette entente se retrouve dans nos lois, nos institutions politiques et notre régime constitutionnel.

Les politiques du Canada en matière de bilinguisme et de multiculturalisme représentent une vision et un cadre de dialogue au sein d’une société inclusive. Les deux sont fondées sur les droits de la personne, l’égalité des chances, la pleine participation et le respect.

Né en Inde, le juge de la citoyenneté Shinder S. Purewal est arrivé au Canada en 1979. Aujourd’hui, il préside des cérémonies bilingues de citoyenneté de nouveaux Canadiens à Surrey, en Colombie-Britannique. « Le juge [Purewal] inclut la version française du serment et prononce quelques mots en français. Il veut ainsi souligner que le Canada est fondé sur le principe de la cohabitation de deux langues – l’anglais et le français. “La dualité linguistique constitue un important cadre institutionnel pour tous les Canadiens, [a dit le juge,] lequel permet d’établir et de maintenir un lien commun entre eux, d’un océan à l’autre. En fait, […] le français et l’anglais sont les moyens par lesquels les immigrants peuvent avancer dans ce pays”. »

Robert Rothon30

La notion de respect va au-delà de la tolérance, puisqu’elle nécessite la volonté d’instaurer une relation mutuellement bénéfique, de tirer profit des différences et d’apprendre de l’autre afin de s’améliorer. Pour ce faire, on doit bien sûr pouvoir nouer un dialogue. Sur la scène nationale, ce dialogue se déroule en français et en anglais pour des raisons historiques, mais également parce que suffisamment de leaders nationaux de toutes les sphères de la société comprennent ces deux langues. Les médias nationaux dans les deux langues, dans toutes les régions du pays, permettent aux citoyens de se renseigner sur les sujets d’actualité et de connaître la culture des deux groupes linguistiques. Le fait que le Canada ait adopté deux langues officielles ne diminue en rien l’importance des nombreuses autres langues parlées au Canada. Certaines langues autochtones, dont l’inuktitut, sont les langues de l’administration publique dans le Nord canadien, et leur utilisation doit être renforcée un peu partout au pays. D’autres langues, comme le cantonais, l’italien, l’hindi et le panjabi, sont parlées dans un grand nombre de foyers et quartiers, et certains services publics sont offerts dans ces langues. Néanmoins, le français et l’anglais restent les langues premières de la communication et le fondement du dialogue national et de la compréhension mutuelle au pays.

DES MESURES POUR ALLER DE L’AVANT

Les politiques du Canada sur la dualité linguistique et le multiculturalisme enrichissent clairement l’identité canadienne et favorisent la cohésion sociale. Elles permettent une meilleure compréhension du pays et de son histoire et appuient l’unité nationale. En pratique, toutefois, il reste encore des obstacles considérables à surmonter, plus particulièrement l’écart entre les aspirations en matière de dualité linguistique, qui se dégagent des lois canadiennes et du discours politique, et la réalité, qui montre que la dualité linguistique est absente de la vie quotidienne dans bien des régions du pays.

La dualité linguistique est souvent présentée comme une politique qui ne s’adresse qu’aux communautés de langue officielle, et non à l’ensemble de la population. Il faut donc faire un meilleur travail de communication des valeurs et de l’historique de la dualité linguistique afin que tous les Canadiens comprennent cette vision et se sentent concernés. Il faut accroître les efforts de promotion de la dualité linguistique auprès des Canadiens, et plus particulièrement auprès des nouveaux arrivants et des immigrants potentiels. Il faut expliquer la pertinence des langues française et anglaise, ainsi que l’importance de ces deux langues en tant qu’éléments clés de l’histoire du Canada et parties intégrantes de la citoyenneté. De cette manière, les Canadiens de diverses origines qui vivent dans des villes comme Toronto et Vancouver pourront comprendre l’importance de la dualité linguistique. Tous ces efforts auront pour effet de renforcer chez les Canadiens le sentiment commun d’appartenir à un pays, un sentiment qui ira bien au-delà de la réalité locale ou régionale.

Comparativement aux générations précécentes, beaucoup plus de jeunes Canadiens sont bilingues et ouverts à la diversité culturelle, et ont davantage de contacts avec les autres cultures. Ils définissent leur identité canadienne dans un contexte planétaire31, et cette identité inclut de plus en plus la capacité de parler les deux langues officielles et la volonté de comprendre les deux communautés linguistiques. Les approches visant à la fois la dualité linguistique et le multiculturalisme doivent refléter l’évolution de cette façon de voir les choses afin qu’elles touchent cette génération et demeurent pertinentes pour elle.

« Certains Canadiens parlent seulement l’anglais et d’autres seulement le français, mais comme immigrante, je pense avoir fait un bon choix en décidant d’apprendre les deux langues officielles du pays. C’est une façon pour moi de contribuer au Canada. »

Lorena Ortega a participé au forum sur la dualité linguistique et la diversité culturelle que le Commissariat aux langues officielles a organisé à Toronto en octobre 2007.

Pour les immigrants, et en fait pour tous les Canadiens, les langues sont des moyens d’avancement. Quels que soient leurs antécédents ou leur pays d’origine, tous les Canadiens devraient avoir davantage de possibilités d’apprendre leur seconde langue officielle et de participer au dialogue avec l’autre communauté linguistique. Les gouvernements et le système d’éducation ont un rôle à jouer dans le renforcement des programmes d’enseignement du français ou de l’anglais langue seconde dans les écoles, l’amélioration des niveaux de compétence et la promotion des échanges. Les établissements d’enseignement postsecondaire doivent également reconnaître le rôle qu’ils ont à jouer pour préparer les diplômés à faire leur entrée sur le marché du travail au Canada ou à l’étranger, où le bilinguisme et le multilinguisme sont des compétences importantes dans un monde interdépendant. Bon nombre d’autres pays, dont la Grande-Bretagne, ont désormais pris conscience de l’importance d’investir dans l’enseignement des langues pour améliorer la productivité et la compétitivité32.

LE RÔLE DU GOUVERNEMENT

Tous les canadiens devraient pouvoir participer et contribuer pleinement à la société. Pour y arriver, ils doivent disposer des outils nécessaires, et les politiques gouvernementales doivent être adaptées à la réalité changeante de la société. L’interaction de la dualité linguistique et de la diversité culturelle amène des défis, mais aussi des nouvelles perspectives d’avenir, dont on doit tenir compte dès maintenant. Il faut également engager un dialogue plus large sur la façon dont la dualité linguistique et la diversité culturelle permettent de créer une vision inclusive de la citoyenneté et de l’identité canadienne, commune à tous. Il est aussi nécessaire de faire preuve d’ouverture pour adapter les politiques sur la dualité linguistique et le multiculturalisme pour relever ces défis.

Pour aller de l’avant, le gouvernement fédéral a le devoir de diriger. Il doit indiquer la voie à suivre pour veiller à ce que la dualité linguistique et la diversité culturelle soient toujours le fondement de la citoyenneté partagée et d’une société inclusive. Il ne faut pas tarder à communiquer cette vision si nous voulons que le pays puisse compter sur deux communautés linguistiques florissantes dans les années à venir et lancer un dialogue national qui respecte les contributions de tous, dans les deux langues officielles.

Comme le signalait dernièrement le directeur général sortant de l’Institut du Dominion, Rudyard Griffiths, « si nous n’arrivons pas à relever ce défi, nous risquons de perdre quelque chose qui aura des répercussions pour tous : notre capacité d’imaginer ce que veut dire l’appartenance à une nation qui est beaucoup plus grande que la somme de ses parties33. [traduction] »

En 2005, la commissaire aux langues officielles en poste à l’époque a recommandé que la ministre des Langues officielles entame un dialogue avec les Canadiens dans le but de pleinement intégrer la dualité linguistique et la diversité linguistique dans le Canada contemporain. Cette recommandation était fondée sur une vision de la citoyenneté partagée qui prévoit la pleine participation de tous, l’existence au Canada de deux langues et de valeurs communes. Selon le commissaire Fraser, cette recommandation est plus pertinente que jamais.

Notes

17 Keith Banting, Thomas J. Courchene et F. Leslie Seidle, éd., Belonging? Diversity, Recognition and Shared Citizenship in Canada, Montréal, Institut de recherche en politiques publiques, 2007, p. 648.

18 Michael Adams, « Symposium: Multiculturalism », The Globe and Mail, 8 décembre 2007, p. D31.

19 Keith Banting, Thomas J. Courchene et F. Leslie Seidle, éd., Belonging? Diversity, Recognition and Shared Citizenship in Canada, Montréal, Institut de recherche en politiques publiques, 2007, p. 649.

20 Par nouveaux arrivants, on entend la population qui est arrivée au Canada cinq ans ou moins avant le recensement.

21 Au total, 98 p. 100 de la population parle au moins une langue officielle du Canada.

22 Entre 2001 et 2006, le niveau de bilinguisme français-anglais est passé de 9 p. 100 à 9,4 p. 100 chez les anglophones, et de 11,8 p. 100 à 12,1 p. 100 chez les allophones.

23 Cité dans Sarah Hampson, « The Interview: Rudyard Griffiths: Closing a chapter in history », The Globe and Mail, 18 février 2008, p. L3.

24 Cité par Patrice Ryan et Frédéric Bérard, « Les trois solitudes », dans André Pratte, éd., Reconquérir le Canada : un nouveau projet pour la nation québécoise, Montréal, Éditions Voix parallèles, 2007, p. 141.

25 Allocution prononcée au Forum de discussion sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique, organisé par le Commissariat aux langues officielles en octobre 2007.

26 Colin Robertson, « The True White North: Reflections on Being Canadian », Options politiques = Policy Options, vol. 29, no 2 (février 2008), p. 80.

27 Au chapitre I, nous avons aussi souligné l’exemple de la communauté francophone du Manitoba qui a adopté des mesures en vue de favoriser l’arrivée d’un plus grand nombre d’immigrants francophones dans la province.

28 La proportion d’immigrants parlant le français seulement était de 3,8 p. 100 en 1997, et de 5 p. 100 en 2006. La proportion d’immigrants parlant le français et l’anglais est passée de 2,8 p. 100 en 1997 à 9 p. 100 en 2006. Ces données comprennent les immigrants qui se sont installés au Québec et sont tirées du site Web de Citoyenneté et Immigration Canada à l’adresse www.cic.gc.ca/francais/ressources/statistiquesSite du gouvernement.

29 Jean Lock Kunz et Stuart Sykes, De la mosaïque à l’harmonie : le Canada multiculturel au XXIe siècle, 2007, p. 3. Compte-rendu des tables rondes régionales organisées par le personnel du Projet de recherche sur les politiques.

30 Robert Rothon, « Devenir Canadien », Au-delà des mots (hiver 2008). Bulletin publié par le Commissariat aux langues officielles à l’adresse www.languesofficielles.gc.ca/cyberbulletin.

31 Jean Lock Kunz et Stuart Sykes, De la mosaïque à l’harmonie : le Canada multiculturel au XXIe siècle, 2007, p. 14. Compte-rendu des tables rondes régionales organisées par le Projet de recherche sur les politiques.

32 Nuffield Languages Inquiry, 2000. Voir http://nuffieldfoundation.org/Site externe.

33 Rudyard Griffiths, « Blame Ottawa: The country’s two solitudes are more solitary by the day », The Globe and Mail, 18 février 2008, p. A15.



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