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CHAPITRE II : LES LANGUES OFFICIELLES DANS UN MONDE EN ÉVOLUTION

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« D’ABORD, LA CULTURE ANGLAISE ET LA CULTURE FRANÇAISE NE SONT PAS, ET NE PEUVENT ÊTRE, DEUX ENTITÉS DISTINCTES L’UNE DE L’AUTRE OU DE TOUT AUTRE HÉRITAGE CULTUREL AU CANADA [...] NI L’UN[E] NI L’AUTRE NE DOIT CHERCHER PAR QUELQUE PRESSION À ABSORBER L’AUTRE; [ELLES] DOIVENT ÉVOLUER L’UN[E] À CÔTÉ DE L’AUTRE, L’UN[E] INFLUENÇANT L’AUTRE [...] »

LE TRÈS HONORABLE LESTER B. PEARSON

Au cours des dernières années, de nombreux chercheurs, auteurs et organismes dans le monde maintiennent que la mondialisation et d’autres grandes transformations changent les bases traditionnelles des échanges et tendent à uniformiser les langues et les cultures1.

Tove Skutnabb-Kangas, professeure de l’Université Roskilde au Danemark, souligne par exemple que la diversité linguistique, au même titre que la biodiversité, fait partie du patrimoine humain, mais que 90 p. 100 des langues parlées aujourd’hui dans le monde disparaîtront avant la fin du siècle si rien n’est fait pour les préserver2. Heureusement, nous voyons aussi émerger une prise de conscience que les langues, éléments essentielles de l’identité, doivent être reconnues et protégées, lors de la création d’espaces politiques. Au sein de l’Union européenne, le Groupe des Intellectuels pour le Dialogue Interculturel, sous la présidence de l’écrivain Amin Maalouf, a reconnu qu’il ne faut pas succomber à la tentation de laisser une seule langue, l’anglais, occuper une place prépondérante dans les travaux des institutions européennes. Selon ce groupe, une « telle évolution ne […] semble pas souhaitable. Parce qu’elle serait préjudiciable aux intérêts économiques et stratégiques du continent comme de tous ses citoyens, quelle que soit leur langue maternelle; et aussi parce qu’elle serait contraire à l’esprit même du projet européen3 ». Le groupe poursuit sa réflexion : « Nul ne peut adhérer de tout cœur à l’ensemble européen s’il n’a le sentiment que sa culture spécifique, et d’abord sa langue, y est pleinement respectée, et que l’intégration de son pays à l’Union européenne contribue à épanouir sa langue propre et sa culture propre plutôt qu’à les marginaliser. Tant de crises dont nous avons été témoins, en Europe et ailleurs, trouvent leur origine dans le fait qu’une communauté a senti, à une certaine période du passé, que sa langue était bafouée4. »

Le Canada évolue dans ce contexte changeant, et il est indéniable que sa dualité linguistique subit aussi de fortes pressions. En plus de la composition linguistique du pays, qui évolue rapidement, le gouvernement fédéral fait face à d’importantes transformations. Le débat sur la réforme du Sénat et d’autres projets de réforme, comme celle du pouvoir de dépenser en sont des exemples.

Par conséquent, le régime fédéral des langues officielles n’a jamais été aussi pertinent. Il tire sa raison d’être de l’idée qu’il existe, dans notre pays et dans le monde, plus d’une façon d’être, de communiquer et de se comporter, et qu’il faut protéger cette richesse. Il s’inscrit dans la vision d’une société pluraliste, généreuse, et respectueuse des différences, qui reconnaît la valeur de la langue comme une constituante fondamentale de son identité et de son développement. Il se rattache également à la notion de citoyenneté partagée, c’est-à-dire une société où l’on cultive le sentiment d’appartenance chez tous les Canadiens, sans égard à leur situation sociale, économique et démographique.

Dans le présent chapitre, il est donc question de la dualité linguistique dans un pays et un monde qui subissent de profonds changements. Nous y brossons d’abord un tableau de certaines propositions de réforme de l’État canadien et de leur incidence possible sur le programme des langues officielles. Nous poursuivons par une réflexion sur l’interaction entre la dualité linguistique et la diversité culturelle, une question que nous avons déjà abordée dans d’autres rapports annuels.

Notes

1 Nous pouvons donner l’exemple de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité et des expressions culturelles qui a été adoptée en octobre 2005 par une forte majorité d’États membres. Le Canada a alors indiqué qu’il continuerait à jouer un rôle de chef de file international dans le but de promouvoir la Convention et sa mise en œuvre.

2 Tove Skutnabb-Kangas, Linguistic Genocide in Education—Worldwide Diversity and Human Rights?, Mahwah, New Jersey; Lawrence Erlbaum Associates, 2000.

3 Groupe des intellectuels pour le dialogue interculturel, Un défi salutaire : Comment la multiplicité des langues pourrait consolider l’Europe, Bruxelles, Commission européenne, 2008, p.5.

4 Ibid., p. 13.



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