CONCLUSION

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En 1966, le premier ministre Lester B. Pearson a énoncé des principes qui ont servi de fondement à la politique linguistique canadienne. Selon cet énoncé, le gouvernement fédéral devait être capable de servir les Canadiennes et les Canadiens dans la langue officielle de leur choix, et les fonctionnaires des deux groupes linguistiques devaient pouvoir travailler dans leur propre langue.

Le premier ministre Pearson a dit que son gouvernement espérait et comptait que, dans une « période de temps raisonnable1 », la fonction publique reflète les valeurs linguistiques et culturelles des francophones et des anglophones du pays. Ces aspirations se sont par la suite appuyées sur des fondements juridiques plus solides, notamment grâce à l’adoption de la Loi sur les langues officielles et de la Charte canadienne des droits et libertés.

Presque deux ans après son entrée en fonction à titre de commissaire aux langues officielles, Graham Fraser constate que les vœux du premier ministre Pearson n’ont toujours pas été exaucés par les gouvernements fédéraux qui se sont succédé. De plus, la « période de temps raisonnable » est largement écoulée.

Le commissaire est conscient des nombreux progrès enregistrés depuis les années 1960 en matière de langues officielles et son intention n’est certes pas d’en atténuer l’importance. D’ailleurs, le présent rapport annuel souligne les belles réussites accomplies durant l’année et les succès du passé.

Cependant, dans l’ensemble, le commissaire constate que la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles semble plafonner puisque peu de progrès sont réalisés depuis plusieurs années. Malgré les lois, les règlements, les politiques et d’autres documents du genre, il faut se rendre à l’évidence que la qualité des services fournis par le gouvernement fédéral aux membres des communautés de langue officielle n’est pas uniforme et que la fonction publique n’est toujours pas un reflet fidèle de la dualité linguistique du pays. De plus, on peut sans doute affirmer sans se tromper que tous au pays n’ont pas les mêmes chances de s’épanouir et de se développer dans la langue officielle de leur choix.

D’après le commissaire, le gouvernement fédéral peut atteindre de meilleurs résultats exerçant davantage de volonté politique, de leadership comme il est répété tout au long du présent rapport. Cependant, un tel leadership ne doit pas se limiter à la haute gestion, mais doit être exercé par l’ensemble de la fonction publique.

Toutefois, les appels au leadership et à la volonté politique ne suffisent plus. Il faut passer à l’action. À cet égard, le commissaire souligne l’importance du processus de renouvellement de la fonction publique. Le gouvernement fédéral doit profiter de l’arrivée d’une nouvelle vague de fonctionnaires pour faire en sorte que la fonction publique reflète la dualité linguistique du pays. Pour ce faire, des activités de recrutement, de formation et de développement des nouveaux fonctionnaires et des cadres sont essentielles.

Le leadership politique et administratif apparaît d’autant plus pertinent que le Canada se développe dans un contexte de changement, où des forces externes et internes influent profondément sur le régime des langues officielles. Ce leadership doit contribuer au développement d’une vision d’une société pluraliste, généreuse et respectueuse des différences, qui reconnaît la valeur de la dualité linguistique comme une constituante fondamentale de son identité et de son développement.

Le mot de la fin

L’année 2009 marquera le 40e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. Nous en profiterons pour faire le point sur les progrès réalisés en matière de langues officielles pendant toutes ces années et dresser la liste des défis à relever alors. Les institutions fédérales peuvent en relever certains dès maintenant, et elles contribueront ainsi aux progrès, et non aux reculs, qui seront enregistrés avant cet anniversaire. Le Commissariat aux langues officielles collabore avec les institutions fédérales pour les aider à apporter les changements nécessaires. Cependant, il incombe à ces institutions de veiller à ce que les droits linguistiques de la population canadienne soient pleinement respectés, et à ce que la dualité linguistique continue de gagner du terrain dans l’ensemble du pays. Si un leadership est exercé d’ici l’an prochain dans les domaines clés comme la prestation de services dans les deux langues officielles, l’utilisation active des deux langues officielles au sein de la fonction publique fédérale, le soutien accordé aux communautés de langue officielle et la promotion de la dualité linguistique, le commissaire dressera l’an prochain un tableau plus positif que celui de cette année.

Notes

1 Canada, Compte rendu officiel des débats de la Chambre des communes, Ottawa, Imprimeur de la Reine, vol. IV, 1966, p. 3915. Extrait de la déclaration de principe sur le bilinguisme dans la fonction publique prononcée par le premier ministre Lester B. Pearson le 6 avril 1966.



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