Ottawa, le 31 mai 2005
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Le gouvernement du Canada doit tirer des leçons des 35 ans de langues officielles, selon Dyane Adam
L’histoire démontre que la volonté politique au plus haut niveau est un facteur déterminant dans l’avancement du dossier des langues officielles et le gouvernement du Canada doit en saisir les leçons en renouvelant son approche relativement au régime linguistique canadien. C’est le constat principal du rapport annuel 2004-2005 de la commissaire aux langues officielles, Mme Dyane Adam, qui trace le bilan des 35 ans de la Loi sur les langues officielles.
Le bilan de la commissaire démontre que la dualité linguistique fait partie d’un ensemble de valeurs qui ont marqué la personnalité canadienne. « Nous avons au Canada différentes collectivités partageant un même espace, apprenant à vivre et à grandir au sein de cette diversité. Le pacte linguistique original, qui a été renforcé par l’adoption de la Loi sur les langues officielles et de la Charte canadienne des droits et libertés, fait maintenant partie de qui nous sommes comme Canadiennes et Canadiens. Cette expérience nous a menés à innover et à adopter un modèle de gouvernance qui nous permet non seulement de profiter de notre diversité mais qui nous distingue aussi sur la scène internationale », souligne Mme Adam.
Depuis 1970, les Canadiennes et les Canadiens ont été témoins d’une nette progression dans presque tous les aspects touchant leur quotidien en ce qui a trait aux langues officielles. Près du quart des Canadiens âgés de 19 à 25 ans sont maintenant bilingues, les droits à l’instruction dans la langue de la minorité et à la gestion scolaire sont acquis, le nombre de diplômés postsecondaires chez les jeunes de la minorité francophone a presque doublé. Du côté de l’administration fédérale, celle-ci a accru sa capacité d’offrir des services dans les deux langues officielles dans toutes les régions du pays et les deux groupes linguistiques y sont maintenant représentés de façon plus équitable. De plus, des réseaux nationaux dans le secteur artistique, la presse et les radios communautaires sont maintenant en place dans les deux langues officielles. Plus de la moitié des provinces et territoires reconnaissent aujourd’hui le droit à des services dans la langue de la minorité de langue officielle. Les Canadiens et les Canadiennes appuient largement ces progrès, se prononçant à près de 80 p. 100 en faveur du bilinguisme.
« L’histoire de la dualité linguistique au pays est pleine de détours, de redites, de luttes épiques, de rendez-vous manqués, de coups de chance, de percées spectaculaires et de tout petits pas, mais le résultat net est celui d’une progression réelle dans tous les secteurs », a constaté Mme Adam. « Ce mouvement lent et progressif vers une culture laissant plus de place à la coopération et l’acceptation des différences est dû en grande partie à l’adhésion de la majorité, à l’impact dynamisant sur la francophonie canadienne du fait français au Québec et à la mobilisation des communautés de langue officielle elles-mêmes. »
Ce rapport-bilan démontre également que l’application du régime linguistique canadien reste toujours inachevé et que le gouvernement du Canada a encore du chemin à faire afin d’atteindre les objectifs qu’il s’est lui-même fixé dans sa loi. « Mes rapports annuels précédents, comme celui-ci, indiquent un plafonnement, même une stagnation dans certains domaines, notamment au chapitre du service au public. Le bulletin de rendement de 29 institutions fédérales, une nouveauté cette année, confirme cette tendance », a souligné Mme Adam.
Selon la commissaire, devant ce constat, le gouvernement du Canada se doit d’entreprendre une réflexion sérieuse sur son approche et ses pratiques, afin de briser le plafonnement actuel et de mieux répondre aux besoins changeants de notre société. Cela commence par tenir compte dès maintenant de l’impact des restructurations gouvernementales sur la prestation des services dans les deux langues officielles, tels que la mise en œuvre de Service Canada et les relocalisations en région.
Pour ce qui est du Plan d’action pour les langues officielles, adopté en mars 2003 et qui se voulait un plan de relance en matière linguistique, la commissaire note qu’à cause d’un manque de cohérence et de coordination au niveau politique, sa mise en œuvre s’effectue de façon inégale. En conséquence, les engagements annoncés se font attendre sur le terrain, les communautés piaffent d’impatience et on risque de rater des occasions. « Pendant ce temps, les files d’attente pour les cours d’immersion en Colombie-Britannique s’allongent et Edmonton attend toujours son foyer de personnes âgées francophones », rappelle Mme Adam.
La mise en œuvre du Plan d’action, tout comme l’histoire des 35 dernières années, démontre que des progrès considérables ont été accomplis lorsque le gouvernement a fait preuve de leadership à tous les niveaux, mais ont connu une érosion lorsque celui-ci fait défaut. « Les élus doivent être conscients que leur action, ou leur inaction, a un impact profond sur l’appareil administratif, » prévient la commissaire.
« Avec un leadership rigoureux, la dualité linguistique comme expression originale de la diversité canadienne demeurera une part importante de l’image du Canada comme l’un des chefs de file des droits de la personne et du respect des minorités dans le monde. Nos élus doivent continuer à bâtir sur cet héritage pour permettre aux Canadiens et aux Canadiennes de profiter d’une société stable et prospère », a conclu Mme Adam.
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Robin Cantin
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