Ottawa, le 25 mars 2010
Les langues dans la capitale du Canada
Notes pour une allocution au Rendez-vous francophone du maire d’Ottawa
Graham Fraser Commissaire aux langues officielles
Seul le texte prononcé fait foi
Monsieur le Maire suppléant, Mesdames et Messieurs,
Je suis ravi et honoré d’être ici, aujourd’hui, pour m’entretenir avec des leaders de la communauté et des citoyens sur la question de la langue dans notre capitale. Ce déjeuner marque également le lancement d’un symposium sur la planification des langues dans les capitales et les milieux urbains.
J’espère que les deux événements nous permettront de travailler en collaboration dans le dossier du français et de l’anglais dans notre ville. Sur ce point, je voudrais remercier la ville d’Ottawa pour son investissement important et son engagement dans l’organisation de ce symposium, ainsi que pour l’hospitalité remarquable dont elle fait preuve en cette occasion.
J’aimerais également souhaiter la bienvenue aux participants canadiens et étrangers au Symposium qui sont avec nous ce matin. Nous accueillons des chercheurs et des administrateurs municipaux de Biel-Bienne, en Suisse, de Bruxelles, de Barcelone, d’Helsinki et de Moncton. Je vous invite à suivre les débats auxquels ils participeront aujourd’hui et demain. Nous discuterons de services, de représentation symbolique et de l’engagement du secteur privé à faire fonctionner le bilinguisme dans leur ville. Ces échanges promettent d’être une riche source d’inspiration pour nous tous.
Les Canadiennes et les Canadiens et les nouveaux arrivants nourrissent des espoirs et des attentes et témoignent une certaine reconnaissance à l’égard de leur capitale. Ottawa est une ville unique en son genre au Canada. C’est un carrefour où se retrouvent notre gouvernement, notre identité et notre influence internationale.
Les employés municipaux devraient être fiers de travailler pour l’institution qui administre notre capitale. Ils doivent être conscients également que leur travail comporte une mesure additionnelle d’importance et de responsabilité. À certains égards, ce que fait la ville d’Ottawa touche toutes les Canadiennes et tous les Canadiens. Aucune autre ville au Canada ne porte un tel poids, à l’exception possible de Vancouver au cours des dernières semaines!
Il y a exactement 40 ans, la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme a publié son rapport sur la capitale fédérale. Dans ce volume, il était indiqué que, selon bon nombre de témoignages, « ni la population francophone ni les visiteurs du Québec ne s’y sentaient “chez eux” et une fraction importante de la population canadienne se sentait étrangère dans la capitale fédérale1. »
À titre d’exemples pour illustrer ces points, la Commission mentionne « le refus par le conseil municipal d’Ottawa d’installer des panneaux de circulation en français, la prédominance des inscriptions et écriteaux en anglais sur les immeubles du gouvernement fédéral, la difficulté de se faire servir en français dans les magasins et de témoigner en français devant les tribunaux locaux2. »
De toute évidence, il y a eu beaucoup d’améliorations depuis 40 ans. Aujourd’hui, les panneaux de signalisation, les documents, les contraventions de stationnement, les renseignements fournis par la mairie, les écriteaux fédéraux et les événements publics commandités par la Commission de la capitale nationale et le Centre national des arts sont tous offerts dans les deux langues.
À titre de leaders à Ottawa, je tiens à reconnaître vos réalisations. La ville a fait beaucoup de progrès depuis 40 ans. Cependant, il reste du chemin à faire. Il est encore difficile de voir la place des deux langues dans les espaces publics à Ottawa – et il est parfois difficile de voir, en se promenant dans les rues commerciales de la ville qu’il s’agit de la capitale d’un pays possédant deux langues officielles.
Il reste aussi du chemin à faire afin que la prédominance des deux langues soit perçue comme une valeur plutôt qu’une obligation. Dans son rôle de capitale nationale, il va sans dire qu’Ottawa doit s’assurer que le français et l’anglais soient audibles et visibles dans tous les aspects de la vie.
Partenariats
Nous allons de l’avant comme pays et comme capitale. Des améliorations sont apportées et de nouveaux partenariats se forment pour contribuer à ces efforts.
Le partenariat établi l’an dernier entre OC Transpo et le Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale pour promouvoir le bilinguisme dans les entreprises locales est un bon exemple de ce qui peut – et devrait – être fait.
En mai 2008, la ville d’Ottawa a déposé son Rapport sur les services en français de 2007-2008. Le rapport décrit les nombreux efforts déployés pour améliorer les services offerts aux citoyens, en citant des réussites telles que l’accessibilité accrue aux garderies, aux services de loisirs et aux services de santé publique en langue française.
Je vous encourage à poursuivre ces initiatives et à continuer à collaborer avec des partenaires tels que Patrimoine canadien, qui a également apporté son soutien.
Leadership et réflexe linguistique
Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour célébrer nos réalisations, pour échanger nos pratiques exemplaires, mais également pour reconnaître les défis qui se dressent devant nous. À Ottawa, il reste encore des défis à relever au chapitre de la prestation des services essentiels, sur un pied d’égalité, dans les deux langues. Songeons, par exemple, au rôle important que jouent les garderies dans le développement de la langue et du sentiment d’identité chez l’enfant, en particulier lorsque cet enfant appartient à une minorité. Le Rapport sur les services en français de 2007-2008 évoquait également le besoin de favoriser une plus grande capacité bilingue lors des événements publics.
Il est clair que la ville doit développer un meilleur réflexe en matière de langues en tenant compte des besoins linguistiques tout au long du processus de planification, et non uniquement après coup. Cependant, pour que cela se fasse, le leadership demeure un facteur primordial.
Les leaders qui adoptent ce réflexe – lequel peut également ressortir des décisions qu’ils prennent sur le plan des politiques – doivent donner l’exemple par un service convenable et le respect mutuel. Les leaders qui veulent représenter et servir sur un pied d’égalité l’ensemble de leurs électeurs doivent démontrer leur engagement envers la dualité linguistique dans tous les aspects de leur fonction.
Bien entendu, les employés doivent également jouer leur rôle. Le recours à l’« offre active » – un simple « Hello, bonjour » – peut bien contribuer à démontrer qu’un bureau peut servir ses clients dans la langue officielle de leur choix. C’est également un rappel aux citoyens de profiter de ces services, plutôt que de passer automatiquement à l’anglais.
« Hello, bonjour » est un message d’accueil de plus en plus répandu dans la fonction publique fédérale; à l’occasion, on peut l’entendre également dans les boutiques et les autres bureaux gouvernementaux de la région d’Ottawa. Il arrive même qu’on entende cette expression dans la rue, lorsque quelqu’un est incertain de la langue à employer pour s’adresser à une autre personne. En fait, si la dualité linguistique progresse suffisamment dans les bureaux et les commerces de la ville, cette formule d’accueil bilingue pourrait bien devenir la « salutation d’Ottawa ». Hello, bonjour!
Des ponts
Imaginons pour un instant que nous puissions faire disparaître la rivière des Outaouais de la région de la capitale nationale, de sorte qu’Ottawa et Gatineau se retrouvent soudainement intégrés en un seul centre urbain. La moitié de la population d’un million de personnes serait en mesure de parler et de comprendre le français3. Parallèlement, 63 pour cent des résidents de Gatineau et 37 pour cent des résidents d’Ottawa sont bilingues.
Mais la rivière des Outaouais est un magnifique cours d’eau dont la fluidité a, pour ainsi dire, une plus grande pérennité que les langues que nous parlons.
Alors, nous bâtissons des ponts. Pour être précis, cinq sur une distance de quelques kilomètres, lesquels nous donnent accès à d’innombrables richesses sur les plans de la culture, de la langue, du travail, des activités sociales, et bien d’autres choses.
Mon propos ne vise pas à prôner la fusion d’Ottawa et de Gatineau, mais il y a manifestement des avantages à tirer d’une plus grande coopération. Quelle que soit votre approche, je vous encourage à bâtir des ponts métaphoriques et à renforcer les deux communautés qui composent la région de la capitale nationale.
Conclusion
Aujourd’hui, les parents canadiens veulent que leurs enfants puissent se comprendre les uns les autres et travailler ensemble, ce dont témoigne l’attrait des programmes d’immersion. Nos langues officielles sont reconnues comme une des valeurs les plus précieuses du Canada – et le respect mutuel est un élément clé de cette valeur.
Ottawa ne ressemble à aucune autre ville canadienne parce qu’elle est, en quelque sorte, le creuset de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous souhaitons trouver dans un centre urbain.
Il y a quarante ans, la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme se préoccupait de l’affichage et de la représentation bilingues et elle recommandait que des améliorations soient apportées au niveau de la capitale fédérale et de la fonction publique. Ce travail est en grande partie accompli aujourd’hui.
Le temps est venu de s’engager de manière plus profonde et digne d’intérêt. Il est temps que nous traitions la langue non pas comme une obligation administrative, mais comme valeur et une occasion véritable de servir tous les citoyens sur un pied d’égalité et d’exprimer le caractère bilingue de notre ville et de notre pays.
Je vous remercie.
1 Rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Livre V, La capitale fédérale, Ottawa, 1970, p. 5-6.
2 Ibid, p. 6.
3 Statistique Canada, Recensement de 2006. La population totale d’Ottawa atteignait 801 275 personnes, dont 298 245 parlaient le français et l’anglais. La population totale de Gatineau atteignait 239 985 personnes, dont 201 645 avaient le français comme première langue officielle parlée.


