La vitalité des communautés

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Les modèles de vitalité des communautés (suite)

Modèle environnemental de Gilbert et al. Le modèle de la vitalité communautaire des minorités francophones qui est en élaboration par Gilbert et al. (2005) consiste à rassembler dans un cadre théorique, par une approche géographique, les relations entre les dimensions de l'environnement, de l'individu et de la communauté (voir la figure 4 à la page 41). L'approche s'inscrit dans la foulée des travaux de Langlois et Gilbert qui prêtent à l'environnement un rôle déterminant sur le développement social et communautaire (Gilbert et Langlois, s. d.; Gilbert, 1999; Langlois, 2000). Le modèle s'appuie sur les contributions de Giles et al. (1977) ainsi que sur celles de Landry et Allard (1999). Le modèle comporte trois grandes composantes dont les interrelations étroites et réciproques sont considérées essentielles : l'individu, la communauté et l'environnement.

  • La composante individuelle se rapporte aux pratiques des membres de la communauté minoritaire, aux expériences vécues des sphères publiques et privées et aux aspirations qui se traduisent en comportements tant sociaux que spatiaux qui les rattachent à la communauté minoritaire.
  • La composante communautaire se réfère aux liens qui unissent les francophones d'un milieu donné à travers la défense de leurs intérêts communs, soulignant le rôle des interactions constitutives de la communauté et du capital social qui s'y crée, appuyé sur des lieux et des espaces, des ressources qu'elle s'approprie dans son environnement.
  • La composante environnementale réfère aux milieux dans lesquels s'élaborent les comportements individuels et les interactions sociales et spatiales fondatrices de la communauté, ensemble d'éléments du milieu que sont la population, les organisations, les institutions et les entreprises localisées dans l'espace, les services et les engagements collectifs de ces entités dans la structure fondamentale de l'organisation des rapports minorité-majorité. Cette composante environnementale fait aussi place aux réseaux permettant des connexions à d'autres espaces, des communications à différentes échelles.

La mise en opération de ce modèle consiste à développer des indicateurs permettant de mesurer à l'échelle locale les principales composantes de la vitalité communautaire établies dans le modèle. Les recherches sont entreprises dans un éventail de communautés francophones choisies, selon une typologie de vitalité préétablie (Gilbert et al., 2005).

Figure 4 : Modèle environnemental de la vitalité communautaire (Gilbert, Langlois, Landry et Aunger, 2005)

Figure 4 : Modèle environnemental de la vitalité communautaire
Référence : Gilbert, Anne, André Langlois, Rodrigue Landry et Edmund Aunger. « L'environnement et la vitalité communautaire des minorités francophones : vers un modèle conceptuel », Francophonies d'Amérique, no 20, 2005.


Modèle longitudinal d'Acord
. La firme Acord a développé le premier modèle d'analyse des CLOSM, associé à un repérage systématique d'indicateurs qualitatifs et quantitatifs de l'état des CLOSM, à la demande du Secrétariat d'État du Canada (Acord, 1991). Avec des résultats par province et territoire et au niveau national, cette étude a produit une série de marques de référence (benchmarks) qui permettent de saisir les changements survenus.

L'approche pragmatique d'Acord consistait à décrire la situation et à faire état du développement des communautés de langue officielle dans la décennie précédente. Un cadre normatif permettait ensuite d'estimer l'écart entre l'état donné d'une communauté et un état jugé souhaitable. Leur grille d'analyse présentait ainsi deux idéaux et les dimensions de développement correspondantes.

  1. Idéal d'égalité individuelle relativement aux droits et services dont jouit la majorité :
    1. statut social : accès aux droits et services, épanouissement personnel;
    2. reconnaissance linguistique : capacité d'exercer les préférences d'usage linguistique dans la vie quotidienne.
  2. Idéal d'autonomie collective, possibilité de se constituer en sous-ensembles cohérents :
    1. achèvement institutionnel : entité distincte, répondre aux besoins individuels et collectifs de ses membres; capacité organisationnelle; capacité de mobiliser les ressources; activités offertes;
    2. vitalité collective : capacité de la communauté linguistique de conserver ses membres et de se perpétuer comme groupe social : participation des membres aux activités du groupe; engagement à favoriser et à promouvoir son développement; production d'un milieu de vie commun; partage d'un sentiment d'identité et d'appartenance au groupe.

Acord a formulé des indicateurs de développement pour neuf domaines ou secteurs d'activités qui recouvrent une bonne partie de la vie quotidienne : la population et les secteurs des politiques, de l'économie, de l'éducation, des services gouvernementaux, des services judiciaires, des services sociaux et de la santé, des médias, des arts et de la culture ainsi que de la vie communautaire.

La vitalité apparaît donc comme une problématique fort complexe. Les modèles explicatifs que nous venons de passer en revue utilisent, à divers degrés, des indicateurs pour mesurer la force de cette vitalité. Nous allons dans la prochaine section aborder plus en détail les préoccupations méthodologiques liées à l'évaluation et aux indicateurs de vitalité.

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