6. Éducation - suite
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C. Allophones et écoles anglaises
Depuis l’entrée en vigueur de la Charte de la langue française, le segment du système scolaire québécois qui s’est accru le plus rapidement a été celui des élèves dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais. Du début des années 1980 jusqu’à la fin des années 1990, leur nombre a diminué de façon très marquée dans le secteur anglais pendant qu’on observait une augmentation correspondante du nombre d’allophones dans les écoles françaises, notamment dans la région de Montréal au cours de cette période. Si le nombre de francophones et d’anglophones a diminué durant la majeure partie des années 1980, le nombre d’allophones a beaucoup augmenté dans les écoles publiques du Québec. En 1983-1984, il y avait légèrement plus d’allophones inscrits dans les écoles publiques anglaises que dans le secteur français. En 1991, près des trois quarts des allophones dans les écoles publiques du Québec étaient inscrits dans le secteur français. En fait, à la fin des années 1990, le nombre d’allophones de langue maternelle dépassait le nombre d’anglophones dans les écoles du Québec. En chiffres tant absolus que relatifs, les allophones ont une grande incidence dans le secteur français. En plus d’avoir augmenté de plus de 100 p. 100 en chiffres réels, la proportion d’allophones dans le secteur français a bondi pour passer de 4,2 p. 100, en 1991, à 9 p. 100 en 2002.
Ces changements survenus dans le système scolaire sont particulièrement marqués à Montréal, où est concentrée la très grande majorité de la population allophone. À Montréal, la population scolaire allophone de langue maternelle a crû d’environ 24 p. 100 en 10 ans (1991-2001), tandis que le pourcentage de francophones a reculé de presque 5 p. 100.
| Tableau 14 – Élèves fréquentant des écoles (publiques et privées) de la province de Québec, selon la langue maternelle, années scolaires 1991-1992, 1998-1999 et 2002-2003 | ||||||
| 1991-1992 | 1998-1999 | 2002-2003 | ||||
| Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | |
| Francophones | 961 611 | 84,3 | 942 719 | 82,5 | 903 340 | 81,0 |
| Anglophones | 95 432 | 8,4 | 95 085 | 8,3 | 94 434 | 8,4 |
| Allophones | 91 003 | 7,3 | 105 239 | 9,2 | 118 446 | 10,6 |
| Total | 1 148 046 | 1 143 043 | 1 115 827 | |||
| Source : Gouvernement du Québec, ministère de l’Éducation, Direction des statistiques et des études quantitatives, 1991-1992, 1998-1999 et 2002-2003. | ||||||
Depuis 1998, le secteur anglais a profité d’une augmentation du nombre d’inscriptions d’allophones. Ce phénomène est associé à une hausse récente du nombre d’allophones de langue maternelle qui ont le droit de fréquenter des écoles anglaises, hausse vraisemblablement attribuable à l’augmentation du nombre d’enfants admissibles issus de mariages entre anglophones et allophones ou entre allophones et allophones où au moins un des conjoints a le droit d’inscrire ses enfants à l’école anglaise. Le taux de natalité plus élevé dans certains des groupes est vraisemblablement un autre facteur qui influe sur la croissance récente des chiffres. Entre 1998 et 2002, le nombre d’élèves allophones inscrits dans les écoles du Québec a augmenté d’environ 13 000. Plus de 3 500 allophones (27 p. 100 d’entre eux) sont allés aux écoles de langue anglaise et près des trois quarts, aux écoles de langue française.
Dans le passé, très peu de personnes dont la langue maternelle n’était ni le français ni l’anglais et qui avaient le droit d’aller dans des écoles anglaises choisissaient de fréquenter des établissements français. Entre 1983 et 1987, le nombre des ayants droit allophones fréquentant des écoles françaises a augmenté (passant de 960 à 1 371 élèves). De là jusqu’en 1999, le nombre et la proportion de ces personnes qui fréquentaient des écoles françaises est demeuré assez stable. Toutefois, ces deux dernières années, le système scolaire anglais semble avoir perdu un certain nombre d’allophones admissibles à l’école anglaise, mais qui ont choisi de fréquenter des écoles françaises. En 1983-1984, quelque 32 000 allophones étaient admissibles à l’école anglaise et environ 31 000 (97 p. 100) d’entre eux ont exercé leur droit. Deux décennies plus tard, plus de 201 500 allophones étaient admissibles à l’école anglaise et environ 94 p. 100 ont exercé leur droit.
Les groupes allophones les plus nombreux inscrits dans le système scolaire anglais étaient en général les groupes d’origine européenne établis de longue date comme les Italiens, les Grecs et les Portugais. Depuis les années 1980, le Québec a enregistré une diversification substantielle des pays sources d’immigrants et un afflux appréciable d’enfants de descendance latino-américaine, arabe et asiatique. Entre 1991 et 2002, le secteur anglais a profité de petites augmentations d’inscriptions d’enfants d’immigrants autres qu’européens et dont la source la plus importante était des enfants de diverses langues maternelles sud-asiatiques.
En tête des groupes d’origine européenne, les élèves de langue maternelle italienne représentent de loin la présence allophone la plus nombreuse dans les écoles anglaises. En 1991, ces derniers constituaient environ 44 p. 100 des allophones inscrits dans le secteur anglais, mais environ 36,1 p. 100 en 2002-2003. Au cours de cette période, la plus grande augmentation de la part représentée par un groupe allophone est venue de divers groupes linguistiques sud-asiatiques, dont la proportion globale a augmenté pour passer d’un peu plus de un élève sur dix, en 1991, à environ un cinquième de tous les allophones en 2002-2003. Comme les élèves de langue maternelle italienne parlent beaucoup anglais à la maison, lorsqu’on utilise le critère de la langue utilisée à la maison pour déterminer le nombre d’élèves, le total cumulatif des langues asiatiques surpasse facilement l’italien. De plus, après l’anglais, le français et l’italien, le tamoul est la quatrième langue parlée à la maison dans la population scolaire inscrite dans le secteur anglais.
Si la croissance de la population scolaire inscrite dans le secteur public anglais est très tributaire de la présence croissante d’élèves de langue maternelle française, pour la première fois en 15 ans, le nombre d’élèves allophones a augmenté dans les écoles anglaises. Très peu d’allophones admissibles à l’école anglaise fréquentent volontairement les écoles françaises. La hausse récente du nombre d’élèves allophones dans le secteur anglais, très fortement concentrée à Montréal, a donné lieu à une composition scolaire de plus en plus multiraciale. Cette situation contraste avec la situation à l’extérieur de Montréal, où les écoles anglaises sont caractérisées par un fort degré de dualité culturelle.
D. Enseignement postsecondaire
Comme on l’a déjà dit, les tendances de la fréquentation des écoles primaires et secondaires anglaises de la province ont profondément changé depuis 20 ans. Même si aucune restriction n’a été imposée à l’accès dans les collèges anglais au Québec (au Québec, les collèges sont appelés des cégeps), les effectifs ont aussi beaucoup changé.
Les années 1990 ont été caractérisées par une forte baisse de la fréquentation des cégeps au Québec, particulièrement entre 1996 et 2000. La diminution des inscriptions a été particulièrement prononcée chez les francophones et les anglophones, leur nombre ayant diminué respectivement de 21 p. 100 et de 13 p. 100 au cours de cette décennie. En 1991, environ 19 000 anglophones étaient inscrits dans les cégeps du Québec; ils n’étaient plus qu’environ 15 000 en 2000.
| Tableau 15 – Effectif à temps plein et à temps partiel des cégeps français et anglais publics au Québec, selon la langue maternelle, 1991, 1996 et 2000 | ||||||
| 1991 | 1996 | 2000 | ||||
| Cégeps | Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % |
| Anglophones | 19 011 | 8,8 | 16 925 | 8,2 | 14 938 | 8,0 |
| Francophones | 182 075 | 84,7 | 177 487 | 85,1 | 158 485 | 84,7 |
| Allophones | 13 909 | 6,5 | 14 054 | 6,7 | 13 596 | 7,3 |
| Total | 214 995 | 208 466 | 187 019 | |||
| Source : Gouvernement du Québec, Ministère de l’Éducation, Secteur de l’enseignement supérieur, Direction de l’enseignement collégial privé et des systèmes en collaboration avec le Secteur de la planification, mars 2001. | ||||||
Au cours des années 1990, les effectifs du secteur anglais ont diminué d’environ 15 p. 100 et des diminutions encore plus grandes ont été évitées en raison de la stabilité relative du nombre d’élèves francophones dans les cégeps anglais de la province.
Le nombre d’allophones est demeuré relativement stable, avec une diminution de seulement 3 p. 100, au cours de la décennie. Toutefois, si les établissements français ont profité d’une augmentation de 15 p. 100 du nombre d’allophones, le nombre d’allophones a diminué lui de 15 p. 100 dans les cégeps anglais. L’assez forte baisse du nombre d’anglophones inscrits dans les cégeps anglais au cours des années 1990 a eu pour effet qu’en 2000 ils ne constituaient plus la majorité des élèves inscrits dans ce secteur. En 1991, les anglophones de langue maternelle constituaient environ 55 p. 100 du secteur anglais, mais leur part avait diminué en 2000 pour s’établir à 49,4 p. 100. Au cours de la même période, la part de l’effectif des cégeps anglais représentée par les francophones est passée d’un cinquième à un quart.
En 1991, quelque 43,6 p. 100 des allophones étaient inscrits dans les cégeps français et cette proportion a augmenté pour s’élever à 47,5 p. 100 en 2000. Le nombre réel d’allophones dans les cégeps français a augmenté d’environ 19 p. 100 dans les années 1990 et leur proportion a diminué de 15 p. 100 au cours de la même période dans le secteur anglais.
Au cours des années 1990, si on analyse la situation du point de vue de la langue maternelle, le nombre d’anglophones inscrits dans les cégeps anglais a diminué de 20 p. 100 à Montréal (soit de 14 648, en 1991, à 11 574 en 2000). Le nombre de francophones est demeuré relativement stable (3 857 en 1991, comparativement à 3 687 en 2000). Le nombre d’anglophones inscrits dans les cégeps français à Montréal a toutefois légèrement diminué au cours de la même période.
On peut établir quelques parallèles en examinant la composition des écoles primaires et secondaires de l’extérieur de Montréal et le milieu d’appartenance linguistique des élèves inscrits dans les cégeps de la province dans le reste du Québec. Les cégeps anglais de l’extérieur de Montréal affichent une diminution de leurs effectifs non francophones, mais leur effectif francophone a augmenté au point où, en 2000, comme on peut le voir au tableau 16, les francophones étaient plus nombreux que les anglophones de langue maternelle. Les cégeps situés dans les régions sont fortement dominés par les élèves francophones de langue maternelle, sans lesquels la viabilité même des établissements serait sans nul doute très menacée. Par exemple, au Champlain College, à Québec (campus Saint-Lawrence), les francophones représentent presque 80 p. 100 de l’effectif étudiant total. À Sherbrooke et à Québec, environ les trois quarts des élèves inscrits à temps plein et à temps partiel dans les cégeps anglais sont des francophones de langue maternelle.
| Tableau 16 – Effectif à temps plein et à temps partiel des cégeps publics de langue anglaise à l’extérieur de Montréal-Centre, selon la langue maternelle, 1991, 1996 et 2000 | ||||||
| 1991 | 1996 | 2000 | ||||
| Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | |
| Anglophones | 3 606 | 48,3 | 3 147 | 44,7 | 2 560 | 39,6 |
| Francophones | 2 710 | 36,3 | 2 849 | 40,4 | 2 944 | 45,6 |
| Allophones | 1 150 | 15,4 | 1 053 | 14,9 | 949 | 14,8 |
| Total | 7 466 | 7 049 | 6 453 | |||
| Source : Gouvernement du Québec, Ministère de l’Éducation, Secteur de l’enseignement supérieur, Direction de l’enseignement collégial privé et des systèmes en collaboration avec le Secteur de la planification, mars 2001. | ||||||
Le nombre et la part des élèves francophones de langue maternelle ont augmenté à tous les niveaux de l’école anglaise. À la fin du siècle dernier, ils représentaient environ un élève sur cinq dans les établissements d’enseignement anglais et cette croissance va sans aucun doute se poursuivre. Si les tendances actuelles se maintiennent, les francophones de langue maternelle constitueront en 2006 plus d’un élève sur cinq dans le système primaire et secondaire public anglais, un tiers de l’effectif des cégeps anglais de la province et un quart des étudiants inscrits dans les universités anglaises.
En ce qui concerne les universités anglaises, la part représentée par les francophones de langue maternelle a augmenté pour passer de 17,8 p. 100 en 1991 à 20,3 p. 100 en 2000, tandis que la part représentée par les allophones a augmenté pour passer d’environ un cinquième à un quart de l’effectif et que la part représentée par les anglophones a diminué pour passer d’un peu plus de 60 p. 100 à 55 p. 100 environ.
| Tableau 17 – Effectif des écoles publiques anglaises, des cégeps anglais (temps plein et temps partiel) et des universités anglaises (temps plein et temps partiel) au Québec, selon la langue maternelle, 2000 | ||||||
| Écoles publiques | Cégeps | Universités | ||||
| Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | |
| Anglophone | 68 120 | 64,3 | 13 537 | 49,4 | 30 881 | 54,9 |
| Francophone | 16 875 | 16,0 | 6 631 | 24,2 | 11 422 | 20,3 |
| Allophone | 20 595 | 19,7 | 7 118 | 26,4 | 13 840 | 24,8 |
| Total | 105 590 | 27 286 | 56 237 | |||
| Source : Gouvernement du Québec, ministère de l’Éducation, Direction des statistiques et des études quantitatives, 1991-1992 et 2000-2001; gouvernement du Québec, ministère de l’Éducation, Secteur de l’enseignement supérieur, Direction de l’enseignement collégial privé et des systèmes en collaboration avec le Secteur de la planification, 1991-1992 et 2000; gouvernement du Québec, ministère de l’Éducation, Direction des statistiques et des études quantitatives, Gestion des données sur les effectifs universitaires, 2000. | ||||||


