4. OBSERVATIONS ET RECOMMANDATIONS
Page 11 de 37
4.2.2 LES FACTEURS LINGUISTIQUES
Nous ne croyons pas que la langue puisse expliquer à elle seule la présence relativement faible des athlètes de langue française aux plus hauts échelons du sport canadien. Cependant, nous avons relevé plusieurs aspects linguistiques du système sportif qu’il faut améliorer. Si l’on supprime les obstacles linguistiques à la participation au sport, on fait déjà un important premier pas en vue de former des équipes d’athlètes de haut niveau qui reflètent plus fidèlement le pays dont elles sont issues.
Le premier obstacle à la participation des francophones aux organismes de sport est le fonctionnement unilingue anglais de la plupart de ceux-ci. Sur les dix ONS que nous avons rencontrés, seulement deux offrent l’interprétation simultanée à leurs assemblées générales annuelles. Les réunions des conseils d’administration sont tenues généralement en anglais seulement et il est courant chez les organismes de sport de faire circuler les comptes rendus des réunions du conseil en anglais, quitte à envoyer plus tard la version française. Cela veut dire en fait que tout francophone qui veut participer au processus décisionnel d’un organisme de sport doit être bilingue et doit être passablement compétent en anglais. Moins de la moitié des Canadiens francophones ont les compétences linguistiques nécessaires pour participer à une organisation à ce niveau-là12.
Peu d’ONS ont un personnel entièrement bilingue et une minorité d’entre eux n’ont aucun personnel bilingue. Les employés des ONS qui sont responsables du patinage de vitesse, du patinage artistique, du hockey et de la nage synchronisée peuvent répondre aux questions et écrire aux membres dans les deux langues officielles, mais la plupart des ONS ont, au plus, une réceptionniste bilingue.
Le manque de connaissance de la langue française chez les directeurs bénévoles des ONS et leur personnel professionnel fait en sorte que les documents sont souvent envoyés aux membres francophones en anglais seulement. Nous avons relevé des exemples, dont un plan annuel d’entraînement et des critères de sélection de l’équipe olympique, qui ont été envoyés aux organismes provinciaux de sport du Québec en anglais, avec une version française incomplète ou sans aucune version française. Le personnel des ONS fait remarquer qu’il y a eu des compressions budgétaires et qu’ils ne disposent plus des services administratifs centralisés; il se dit confronté au choix de fonctionner dans les deux langues officielles ou d’assurer un haut niveau de service aux athlètes. Des organismes provinciaux de sport au Québec soutiennent que si l’on offre des services aux athlètes du Québec en anglais seulement, ces services sont nuls. Dans notre esprit, un système sportif « centré sur l’athlète » doit communiquer avec les athlètes dans la langue officielle de leur choix.
En dernier lieu, les athlètes et les entraîneurs, en particulier ceux qui en sont aux plus hauts échelons de leur sport, doivent apprendre l’anglais pour fonctionner, peu importe leur lieu d’entraînement. On nous a parlé d’une équipe nationale dont la majorité des membres sont de langue française; ils s’entraînent à Montréal avec un entraîneur de langue française, mais ils s’entraînent en anglais parce qu’un membre de l’équipe ne parle pas français. L’inverse ne se voit jamais : un athlète francophone unilingue qui s’entraîne dans un milieu anglais doit apprendre l’anglais. La prédominance de l’anglais, même à Montréal, a des effets négatifs sur tout le système sportif canadien. S’il n’y a pas d’endroit au pays qui fonctionne entièrement en français, les ressources disponibles pour la langue française sont alors réduites. Non seulement les athlètes francophones n’ont pas d’endroit qui réponde totalement à leurs besoins, mais il n’y a aucun endroit où les athlètes de langue anglaise peuvent apprendre le français, et le système demeure unilingue.


