4. OBSERVATIONS ET RECOMMANDATIONS

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4.3.2 L’EXPÉRIENCE ET LES ATTENTES EN MATIÈRE LINGUISTIQUE

Les athlètes francophones et anglophones diffèrent considérablement par l’aspect linguistique de leur expérience sportive, par la nature de leurs attentes et par leur degré de satisfaction. Bien que les deux groupes disent avoir eu l’occasion d’apprendre une ou plusieurs langues étrangères grâce à la pratique de leur sport, les francophones se disent plus bilingues (français et anglais). Les francophones indiquent que leur connaissance de l’anglais est plus que fonctionnelle, mais précisent qu’ils ne le parlent pas avec une aisance totale; les anglophones, quant à eux, disent que leur connaissance du français est moins que suffisante pour fonctionner. Les répondants anglophones expriment un plus grand intérêt pour l’apprentissage du français que les francophones pour celui de l’anglais. Cela ne témoigne pas d’un manque d’intérêt pour le bilinguisme : les personnes qui considèrent parler déjà couramment leur deuxième langue officielle donnent généralement une réponse négative à la question sur ce sujet. Tout compte fait, les athlètes voient de façon très positive la possibilité de parler les deux langues officielles du Canada, et plusieurs ajoutent des commentaires et des suggestions précisant qu’ils aimeraient avoir plus d’occasions d’apprendre des langues.

Les athlètes francophones étaient plus portés que les anglophones à accepter l’affirmation suivante : « Je suis prêt à faire de grandes concessions au point de vue linguistique dans le but de poursuivre ma carrière sportive. » Le grand nombre de réponses positives à cette question reflètent sans doute le fait que les athlètes francophones ont déjà, en réalité, fait des concessions sur le plan linguistique pour poursuivre leur pratique sportive. Les athlètes anglophones attachent plus d’importance à l’entraînement dans un milieu où l’on parle d’ordinaire leur langue et ils sont davantage portés à dire que la possibilité d’employer ou non leur langue influerait sur leur décision de continuer à pratiquer leur sport. Nous croyons que le taux de bilinguisme plus faible chez les anglophones explique ces résultats.

Les athlètes francophones expriment moins de satisfaction pour l’aspect linguistique du système sportif que les anglophones. Les différences entre les deux groupes sont particulièrement prononcées lorsqu’il s’agit de la langue employée pour leur fournir des conseils d’entraînement et de l’aspect linguistique dans leur milieu d’entraînement sportif. Parmi les répondants anglophones, 85 p. 100 ont indiqué qu’ils étaient satisfaits ou assez satisfaits de l’aspect linguistique dans leur milieu d’entraînement, tandis que 29 p. 100 des francophones se sont dits insatisfaits et à peine plus de 50 p. 100 se sont déclarés satisfaits. Les anglophones sont très satisfaits de la langue employée pour leur fournir des conseils d’entraînement (84 p. 100), tandis que le quart des francophones étaient mécontents de cet aspect.

Les différences entre les deux groupes sont encore plus prononcées pour ce qui est de l’expérience des diverses composantes du système sportif. Les anglophones disent qu’ils reçoivent la plupart du temps le soutien nécessaire dans la langue officielle de leur choix. Sur une échelle de un à sept, où un correspond à « jamais » et sept à « toujours », les réponses des anglophones vont de 6,92 à 6,50, soit une cote extrêmement élevée. La plus haute valeur donnée par les francophones à cette question est 6,3, et elle concerne les organismes provinciaux de sport. D’autres composantes du système sportif ont reçu les cotes suivantes, toutes ayant tendance à se rapprocher de « quatre » ou « parfois » :

A Sport Canada (5,85);
B Association olympique canadienne (5,3);
C physiothérapeutes et chiropraticiens (5,14);
D entraîneurs (5,06);
E médecins (5,03);
F organismes nationaux de sport (4,55);
G psychologues du sport (4,39);
H scientifiques du sport (4,35).

La question suivante : « Avez-vous eu des problèmes de communication provenant de l’usage de la langue officielle de votre choix et ayant eu des conséquences négatives sur votre carrière en tant qu’athlète de haut niveau ? » donne lieu à des réponses tout aussi décourageantes. Quinze anglophones indiquent que des situations de ce genre ont limité leur carrière, tandis que les répondants francophones ont mentionné 113 cas de ce genre. Sur les incidents mentionnés par les répondants francophones, 26 ont trait à l’entraîneur, 23 concernent les ONS, 14 les psychologues du sport et 11 les scientifiques du sport. Quatre anglophones parlent des problèmes éprouvés auprès du gouvernement du Québec ou des organismes provinciaux de sport dans cette province. Un autre fait remarquer que : « Très souvent, les services d’entraîneur dispensés à une équipe et aux athlètes recensés et brevetés sont assurés par une personne qui ne parle bien aucune des langues officielles du Canada. L’allemand est souvent la première langue des entraîneurs de haut niveau qui viennent au pays. » [Notre traduction] La situation décrite par un répondant francophone est encore plus dramatique : « Entraîneurs, psychologues, médecins, physio ne parlaient pas français à mes débuts avec l’équipe canadienne et de mon côté je ne pouvais m’exprimer en anglais. À la fin de chaque journée d’un camp j’étais très très fatigué mentalement car j’essayais de comprendre ce qu’ils disaient. Ceci a affecté beaucoup mon rendement. Je me sentais dans un différent monde, ne pouvant communiquer. P.S. Maintenant je parle l’anglais. . . tellement plus facile. . . »

Après avoir cité certains incidents particuliers qui ont pu nuire à leur développement sportif, on a posé aux athlètes une question plus générale, à savoir si divers aspects du système sportif gênaient le développement de leur carrière. Les athlètes francophones, encore plus nombreux que ceux qui avaient mentionné certaines situations particulières, conviennent que certaines composantes du système ralentissent leur ascension et les éléments évoqués étaient les mêmes : 36 mentionnent l’entraîneur, 34 les ONS, 22 les psychologues du sport et 17 les scientifiques du sport. Très peu de répondants anglophones ont mentionné de telles difficultés.

Nous avons ensuite cherché à relever les facteurs linguistiques qui pourraient influer sur la décision de continuer à pratiquer un sport de haut niveau. Dans ce cas, les réponses des anglophones et celles des francophones se rejoignent. Environ le tiers de chaque groupe a mentionné les facteurs susceptibles de grandement influer sur leur décision, un autre tiers a précisé les facteurs qui pourraient avoir une influence moyenne et le dernier tiers a indiqué qu’aucun des facteurs n’avait une quelconque influence. Nous en avons conclu que certains membres de chaque groupe étaient très sensibles à la langue du milieu sportif et que d’autres l’étaient moins ou pas du tout. Nous croyons que les ONS et les équipes nationales devraient être conscients que certains individus vivent un stress considérable lorsqu’ils s’entraînent dans un milieu où leur langue n’est pas parlée généralement; nous croyons aussi qu’ils devraient adapter leurs programmes aux besoins de ces athlètes. Cette sensibilité individuelle touche moins les athlètes anglophones qui peuvent en général s’entraîner dans un milieu anglais n’importe où en Amérique du Nord. Les athlètes que nous avons rencontrés ont aussi insisté sur le fait que le stress relié à la langue est plus aigu pour les jeunes athlètes, surtout ceux qui quittent leur milieu familial pour la première fois.

Les deux groupes linguistiques ont mentionné différents facteurs linguistiques qui pourraient influer sur leur décision de continuer à pratiquer leur sport, mais les différences n’étaient pas importantes sur le plan statistique. Les facteurs les plus importants mentionnés par les athlètes francophones étaient ceux-ci : l’accès aux psychologues du sport et, de façon générale, au counseling psychologique, la communication avec l’Association olympique canadienne et avec Sport Canada. Les anglophones ont signalé, quant à eux, l’accès aux services médicaux dans la langue de leur choix, la communication avec les entraîneurs et l’accès à des directives d’entraînement comme autant d’éléments pouvant influer sur leur décision de continuer à pratiquer leur discipline sportive.


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