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À l’automne 1999, la Commissaire aux langues officielles a entrepris une étude sur l’utilisation du français et de l’anglais dans le système sportif canadien; il s’agissait d’examiner le bien-fondé d’allégations selon lesquelles les athlètes francophones ne pouvaient développer pleinement leur talent dans le cadre des programmes en place.

Nous avons examiné les ressources linguistiques et administratives que le Canada investit dans le sport de haut niveau et les résultats que donne cet investissement. Au cours de l’hiver 1999-2000, nos enquêteurs ont rencontré plus d’une centaine de personnes responsables de diverses facettes du développement de l’athlète, de la formation des entraîneurs, des services aux athlètes et des programmes publics de financement. Nous avons également mené un sondage auprès des athlètes qui reçoivent une aide financière directe du gouvernement fédéral.

Nous avons constaté que, sur le plan linguistique, le système sportif avait fait des progrès sur plusieurs fronts au cours des dix dernières années, mais que le français et l’anglais étaient loin d’avoir le même statut dans le sport canadien. Sport Canada formule des attentes claires à l’égard des organismes qu’il finance. Certains organismes de sport, comme Patinage de vitesse Canada et l’Association canadienne de patinage artistique, sont des modèles de bilinguisme. Les athlètes eux-mêmes font preuve d’un respect interculturel profond et d’une bonne connaissance de l’autre culture, ce qui fait ressortir la contribution que pourrait apporter le sport à l’unité nationale. Cependant, la proportion de francophones parmi les athlètes de haut niveau est bien inférieure à leur représentation dans la population et elle se concentre dans quelques sports.

Nous sommes d’avis que les équipes sportives nationales du Canada devraient refléter l’ensemble de la population du pays, un principe auquel les organismes de sport adhèrent mais qu’ils ne semblent pas avoir réussi à mettre en pratique. Qui plus est, nous pensons que les athlètes doués devraient avoir la possibilité de concourir sur un pied d’égalité, indépendamment de la langue officielle qu’ils parlent.

Des études menées antérieurement et des rapports des médias ont suggéré que le processus de sélection des équipes nationales était le principal obstacle pour les athlètes francophones. Nous avons observé que le processus de sélection est, dans son ensemble, équitable et transparent, et les athlètes des deux langues officielles en sont tout autant satisfaits. Les athlètes francophones se heurtent à des problèmes bien avant de pouvoir concourir en vue de la sélection finale des équipes nationales : dans la difficile transition entre l’élite provinciale et l’équipe nationale, une transition qui peut se compliquer en raison de conflits entre les organismes nationaux de sport et leurs homologues provinciaux; et dans leurs rapports avec les organismes nationaux de sport (ONS), qui, souvent, ne peuvent fournir de services ou communiquer en français. Les organismes nationaux de sport sont les principales responsables d’assurer les services d’entraînement dans leur sport, et ce à tous les niveaux. Trop souvent, l’organisme et les entraîneurs ne peuvent communiquer en français.

Nous ne saurions trop souligner à quel point il est important que des athlètes bénéficient d’entraînement répondant à leurs besoins; c’est une condition préalable à un accès égal au système sportif. Nous avons observé que les athlètes doivent s’adapter aux lacunes linguistiques du système et de leurs entraîneurs. Pour exceller aux plus hauts niveaux dans la plupart des sports, les athlètes francophones doivent généralement, en plus de leur sport, maîtriser l’anglais. Outre cette inégalité linguistique flagrante, cette inversion des priorités pourrait priver nos équipes nationales d’athlètes doués.

Nous avons également découvert que le système sportif dans son ensemble n’était pas doté de structures administratives adéquates pour gérer ses programmes dans les deux langues officielles. La plupart des organismes nationaux de sport ne disposent d’aucune politique claire et non équivoque sur les langues officielles. Ils ne bénéficient pas d’un soutien administratif adéquat pour offrir les programmes dans les deux langues officielles, y compris des services de traduction adéquats. Dans deux des centres nationaux du sport que nous avons visités, les services sont offerts aux équipes nationales en anglais uniquement. Le gouvernement fédéral a transmis aux organismes de sport un message à double sens : d’une part, il a réduit son financement et s’est désengagé de l’administration courante et, d’autre part, il oblige les organismes à respecter certaines normes concernant les langues officielles.

Le gouvernement accroît maintenant ses subventions aux organismes de sport et a annoncé dernièrement des initiatives visant à améliorer les services d’entraîneurs offerts aux équipes nationales. Il devrait s’assurer que des entraîneurs de chaque équipe nationale puissent communiquer dans les deux langues officielles, et les organismes de sport qui se qualifient de nationaux devraient faire de même.

Les recommandations formulées dans le présent rapport s’adressent à Sport Canada, non pas parce que le gouvernement fédéral a la responsabilité exclusive de s’assurer que le système sportif puisse fonctionner dans les deux langues, mais parce que lui seul est assujetti à la Loi sur les langues officielles et, partant, à l’autorité de la Commissaire. Le gouvernement fédéral, par le truchement de Sport Canada, devrait jouer un rôle de chef de file dynamique en s’assurant que les organismes de sport répondent mieux aux besoins de tous les athlètes, quelle que soit leur langue officielle. Cependant, tous les organismes concernés devront faire leur part pour atteindre pleinement cet objectif. Les recommandations présentées dans ce rapport constituent un plan stratégique de changement que nous suivrons dans les mois et les années à venir. Sport Canada a déjà accompli des progrès considérables dans le domaine des langues officielles depuis la publication du dernier rapport à ce sujet, il y a 10 ans. Nous sommes convaincus que Sport Canada et ses partenaires relèveront le défi d’élaborer un système sportif qui reflète pleinement la dualité linguistique du Canada.


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