Après 40 ans, le verre est‑il à moitié plein ou à moitié vide? Les nobles objectifs de la Loi sur les langues officielles ont‑ils été atteints, ou apparaissent‑ils encore inaccessibles, miroitant comme un mirage dans le désert?
Il n’est pas facile de répondre à cette question. Les parlementaires qui s’étaient rassemblés pour assister à la cérémonie de la sanction royale de la Loi sur les langues officielles le 9 juillet 1969 seraient heureux de constater que 90 % des postes au gouvernement fédéral qui exigent la connaissance des deux langues sont occupés par des personnes possédant les qualifications requises, et qu’il y a des écoles et des conseils scolaires de langue française dans toutes les provinces. Ils auraient été ravis d’entendre le capitaine de l’équipe qui a remporté la Coupe Stanley, un joueur originaire de Cole Harbour en Nouvelle‑Écosse, donner des entrevues en français et en anglais. Et ils auraient été tout aussi ravis d’entendre le premier ministre, un député de Calgary, et le juge en chef de la Cour suprême, natif de Pincher Creek en Alberta, prononcer des discours dans les deux langues.
Ce numéro d’Au‑delà des mots vous présente quelques‑unes des réussites des quatre dernières décennies : des Canadiens et des Canadiennes de tous les coins du pays qui ont travaillé pour faire de la dualité linguistique une réalité dans leur communauté et dans leur vie quotidienne.
Michel Bastarache a créé presque à lui seul une jurisprudence concernant les droits linguistiques au Canada. En tant que spécialiste, avocat luttant pour les droits linguistiques et juge de la Cour suprême, il a rédigé certaines des décisions les plus éloquentes sur le sujet.
Gretta Chambers, journaliste et militante respectée du Québec, se plaît à travailler avec les communautés francophone et anglophone. Elle a appuyé une grande variété de projets communautaires dans les domaines de la santé, des arts et de l’éducation.
Jean‑Robert Gauthier, à titre de député et de sénateur franco‑ontarien, a lutté sans relâche pour l’élargissement des droits linguistiques, notamment à titre de parrain du projet de loi qui a modifié la Loi sur les langues officielles en 2005. Depuis ces modifications, le gouvernement fédéral et les institutions fédérales ont l’obligation de prendre des mesures positives pour favoriser l'épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire et appuyer leur développement.
Pour sa part, Stuart McLean, animateur à la radio, a bien rendu compte de l’esprit, de l’idéalisme, de l’ambition et du potentiel de la Loi sur les langues officielles dans son émission Vinyl Café.
Il y a de nombreuses autres personnes dont l’énergie et la détermination méritent tout autant d’être soulignées à l’occasion du 40e anniversaire de la Loi.
Pourtant, même si la structure est impressionnante et que les réalisations sont dignes de louanges, il reste encore tant à faire pour achever l’édifice de la dualité linguistique canadienne. Par exemple, lorsqu’on arrive à l’aéroport international de Halifax, Ottawa, Toronto, Winnipeg ou Vancouver, on peut difficilement avoir l’impression que le Canada est un pays qui compte deux langues officielles. La formule « Bonjour, hello », qui devrait être la marque de toutes les salutations adressées aux Canadiens et aux Canadiennes dans les bureaux fédéraux, les bureaux de poste et aux comptoirs d’Air Canada, est aussi rare que des merles au mois de mars.
Il y a eu des progrès. De l’hostilité à la vue ou au son de l’autre langue officielle, les Canadiens et Canadiennes sont passés à l’acceptation. Il reste à passer de l’acceptation à l’adhésion et au sentiment d’appartenance, c’est-à-dire à la prise de conscience du fait que la dualité linguistique, la présence de l’autre langue officielle dans l’espace public, est un élément crucial de notre identité nationale.
Il existe déjà un grand nombre de lieux où l’usage d’une seule langue peut s’avérer approprié, tout comme il y a une foule d’endroits où les drapeaux et les symboles des provinces sont de mise. Mais il s’agit d’espaces provinciaux ou locaux, et non pas nationaux. Malheureusement, de nombreux Canadiens n’ont pas encore pris conscience qu’un événement, une célébration, un lieu ou un prix ne sont vraiment canadiens que si l’on inclut la présence du français et de l’anglais.
Jusqu’à ce que nous ayons le sentiment que les deux langues officielles sont un élément clé de ce qui nous définit en tant que Canadiens, la politique linguistique et la Loi sur les langues officielles resteront un ouvrage inachevé.
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