Au-delà des mots - Le Cyberbulletin des langues officielles au Canada
ENGLISH
Travailler dans sa langue seconde

Des mots magiques

par Scott Stevenson, Sherbrooke (Québec)

Enfant, Tara Natter n’était pas plongée dans un univers francophone, mais elle a résolument fait le saut lorsqu’au début de sa vie adulte elle étudiait en Alberta. Aujourd’hui, elle travaille, écrit et vit surtout en français.

Couverture du livre de Tara Natter

Enseignante de français langue seconde, elle a publié son premier livre, intitulé Sabita et les mots magiques mêlés, plus tôt cette année. Ce projet familial, auquel ont participé ses enfants et son mari, qui est francophone, représente un nouveau jalon important dans la voie que Tara a choisie lorsqu’elle était à l’université.

Un parcours difficile
Après avoir étudié en anglais durant un an, tout en suivant quelques cours de français à l’Université de Calgary, « j’ai accepté l’invitation de mon amie Barb Luft à devenir sa camarade de chambre à la Faculté Saint‑Jean, à Edmonton. J’avais fait de réels progrès en français depuis mes études secondaires, mais j’étais encore loin de parler couramment cette langue », ajoute‑t‑elle.

Couverture du livre de Tara Natter.

« Je me souviendrai toujours du temps passé au laboratoire de langues pour perfectionner mon accent, se rappelle‑t‑elle. Ma grande difficulté était de faire la différence entre u et ou—deux sons qui n’existent pas en anglais. Chaque fois que je donnais une mauvaise réponse, l’ordinateur me traitait d’“espèce d’abrutie!”, en anglais, pour je ne sais quelle raison. »

« Un autre truc pour améliorer ma prononciation consistait à lire en tenant un stylo entre mes dents. Je devais renforcer les muscles nécessaires pour prononcer les mots en français—et je m’y appliquais religieusement. Je me souviens aussi de Michel Corbeil, qui me faisait patiemment répéter les mots dessus et dessous, en plaçant ses mains au-dessus ou en dessous de la table de cuisine à la résidence, et de Nhan qui riait de moi parce que j’avais parlé d’un poivre vert au lieu d’un poivron vert. Nhan était incontestablement un professeur dur à cuire, mais il m’a aussi offert son soutien indéfectible lorsque j’étudiais le français », de raconter Tara.

« Je ne regretterai jamais la décision de m’être donnée corps et âme à l’apprentissage du français. C'est un apprentissage qui m’a vraiment permis de me frayer un chemin. Bien que je ne sois pas un produit de l’immersion française, j’ai appris la langue en étant véritablement entourée de merveilleux amis francophones. »

Tara a terminé son diplôme en enseignement du français à l’établissement qui s’appelle aujourd’hui le Campus Saint‑JeanLien autre que le gouvernement du Canada de l’Université de l’Alberta et qui est situé dans le quartier Bonnie DoonSite du gouvernement du Canada, un district francophone d’Edmonton. Elle a également travaillé comme fille au pair durant une année à Dijon, en France, pour perfectionner son français et mieux connaître la culture française.

Mais ce n’est pas là qu’elle a rencontré William, son mari français. « Beaucoup de gens présument que j’ai fait la connaissance de mon mari en France, mais en fait, nous nous sommes connus au Canada. Nous nous sommes rencontrés à l’Halloween, lors d’une soirée dansante qui avait lieu au centre culturel français situé près de la Faculté Saint‑Jean, en octobre 1997. Il était déguisé en fantôme, et moi en gitane. Mon mari participait à un programme d’échange entre l’Université de l’Alberta et l’école de génie où il poursuivait ses études. »

Le couple s’est marié dans le sud de la France en 2000, et il a maintenant deux enfants : Laura, 4 ans Nicolas, 6 ans. Étant donné que Tara et William parlent français à la maison, le français est la langue maternelle des enfants.

« Mes enfants s’expriment aussi bien que tous les autres enfants de leur âge qui vivent en France », d’expliquer Tara. Elle ajoute que ses enfants parlent aussi bien l’anglais que le français, grâce à l’école et aux amis qui sont pour la plupart anglophones depuis que la famille vit dans la région d’Ottawa.

« Nous avons l’immersion française au Canada, mais nous manquons de ressources », ajoute‑t‑elle. « J’ai écrit ce livre surtout pour qu’il serve d’outil en langue seconde. »

Allier plaisir et apprentissage
Le but du livre est de procurer du plaisir. « Si vous expliquez les sons et les lettres à l’aide de la magie, les enfants raffolent de ce genre d’exercice. Il est difficile de trouver des livres éducatifs qui sont amusants. »

Le processus de publication du livre a été une affaire de famille, à laquelle a participé un cousin qui vit à Vancouver. William, le mari de Tara, est le narrateur de la version sur disque compact, et leur fils Nicolas fait les sons des créatures mythiques à un œil appelées copissons.

« Dans les écoles, les enfants adorent mon livre et les enseignants le réclament. Je me rends sur les lieux vêtue d’une robe de l’époque médiévale, j’enseigne le chant qui est présenté dans le livre, et je réponds aux questions sur la rédaction et la publication », ajoute‑t‑elle. « J’adore ce que je fais : aller rencontrer les enfants et devenir pour eux une source d’inspiration. J’essaie de susciter l’intérêt des gens pour le français. »

La langue maternelle de Tara fascine ses auditoires. « Les enfants me demandent sans cesse : "Êtes‑vous née francophone?" Je leur explique comment je suis devenue bilingue, et que je vis maintenant en français avec mon conjoint. »

Elle raconte qu’apprendre une langue seconde dépend de la motivation, ce dont elle ne manquait pas lorsqu’elle s’est lancée dans l’apprentissage du français. « Je voulais apprendre le français parce que je savais qu’il y avait une pénurie de professeurs de français. J’aime cette langue. J’adore sa sonorité. J’aime la culture française. Je suis contente de communiquer avec mes amis dans les deux langues. J’aime partager ce privilège. »

Le livre de Tara Natter se trouve en librairie, et à l’adresse du site Web de sa maison d’édition www.liriton.com Lien autre que le gouvernement du Canada.