La dualité linguistique, un mode de vie
Par Sylvie Gervais – Montréal (Québec)
Sur la route du français, Francie Gow a trouvé sa profession, l’amour, l’amitié et beaucoup plus encore. Observant son parcours, la jeune traductrice, d’origine anglophone, constate que l’apprentissage de l’autre langue officielle du pays a ni plus ni moins façonné le cours de sa vie.
Apprendre le français à Terre-Neuve
Le voyage francophone de Francie Gow commence à St. John’s, dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador. Francie a cinq ans. Son père est unilingue anglophone et sa mère, originaire des Pays-Bas, parle néerlandais et anglais. À la maison, les conversations se déroulent donc en anglais. Idem dans son quartier. Rien, dans son environnement immédiat, ne la prédispose à apprendre le français. Comment s’y met-elle? « Mes parents ont pris la décision de m’inscrire en immersion française à la maternelle », explique Francie. Même si elle ne l’a pas choisie, l’immersion lui plaît immédiatement et elle poursuit ainsi ses études jusqu’à la fin du secondaire.
Au terme du secondaire, le français constitue l’une des matières de prédilection de Francie, avec les mathématiques. « Alors, j’ai continué dans ces deux sujets à l’Université Memorial. » Et c’est dans ses cours de français que Francie découvre la traduction. « Je trouvais ça très créatif, résume-t-elle. Un de mes professeurs, qui avait été traducteur, m’a aussi expliqué qu’on pouvait en faire un métier. » Un renseignement qui ne tombe pas dans l’oreille d’une sourde…
Explorer la dualité linguistique
Le bilinguisme donne également à Francie la possibilité de voyager aisément entre les cultures anglophone et francophone – une expérience qu’elle apprécie et s’efforce de répéter. Durant ses études à la Memorial University of Newfoundland , par exemple, elle participe à deux stages d’été en immersion française au Québec, par l’entremise du programme maintenant appelé Explore . Et, après le baccalauréat, elle part une année en France pour enseigner l’anglais à des lycéens.
De cette traversée des langues et des cultures, Francie décide de faire un métier. Rentrée d’Europe, elle s’inscrit en maîtrise à l’École de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa . Et elle adore. Petit à petit, elle travaille dans le domaine : « Pendant la maîtrise, j’ai été contractuelle pour le Bureau de la traduction du Canada. Et à la fin de la maîtrise, j’ai commencé au Bureau comme traductrice permanente, du français vers l’anglais. » À Ottawa, Francie rencontre son conjoint et la famille de celui-ci, des Franco-Ontariens.
Le bilinguisme, une expérience humaine
Il y a 27 ans, Francie Gow faisait ses premiers pas sur la route du français. Aujourd’hui, elle navigue constamment d’une langue officielle à l’autre, d’un groupe linguistique à l’autre. Certes, sa profession l’exige. Mais sa vie privée se trouve aussi teintée par le bilinguisme. Le français, remarque-t-elle, est à l’origine de plusieurs relations significatives : conjoint, belle-famille, amis. « J’apprécie ces relations, dit Francie. Il est peu probable que je serais entrée en contact avec ces gens-là sans ma volonté de parler le français. »
Le bilinguisme suscite l’ouverture d’esprit. Ce constat, Francie l’illustre au moyen d’un exemple : « Au moment où un interlocuteur francophone se rend compte que je suis Terre-Neuvienne et anglophone, mais que j’ai fait l’effort d’apprendre le français, je le vois en train de réviser son opinion. Alors, il est plus prêt à s’ouvrir à moi. »
Francie souhaite offrir à ses futurs enfants la même chance que ses parents lui ont donnée : « On va élever des petits bilingues, dit-elle. Je vais leur parler en anglais et Julien [son conjoint] va leur parler en français. Et leur expérience scolaire sera essentiellement en français. » |
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