ENGLISH
Les langues dans le monde

L’irréductible irlandais

La République d’Irlande forme la partie sud de l’île d’IrlandeLien autre que le gouvernement du Canada *, située à l’ouest de l’île de Grande-Bretagne. Longtemps sous domination anglaise, la partie sud de l’île a acquis son indépendance en 1922.

L’irlandais est la première langue officielle de la République d’Irlande, un pays d’environ la taille de notre Nouveau-Brunswick. Cette langue constitue un symbole national et culturel important, mais les aléas de l’histoire l’ont mise à rude épreuve, si bien que le pays doit se battre aujourd’hui pour assurer sa survie.

Une langue ancestrale

La naissance de l’irlandais remonterait à plus de deux mille ans, ce qui ferait d’elle la langue écrite toujours en usage la plus ancienne d’Europe.

Dès le Ve siècle, l’irlandais s’établit sur le territoire comme langue dominante avant de connaître un essor du VIe au VIIIe siècle, grâce notamment aux monastères qui deviennent des centres de rayonnement culturel et artistique. Dans les siècles qui suivent, plusieurs vagues d’invasion introduisent sur le territoire une certaine diversité linguistique, voire un bilinguisme dans la population, sans toutefois menacer le statut de l’irlandais comme langue dominante.

Une période noire

La colonisation anglaise, aux XVIe et XVIIe siècles, change complètement la donne. Les institutions sociales et culturelles gaéliques sont détruites, et l’anglais devient la langue de l’administration et de la classe dirigeante. Pour un temps, néanmoins, l’irlandais reste la langue de la majorité de la population, du moins en région rurale. À la fin du XVIIIe siècle, près de la moitié de la population ne parle toujours qu’irlandais.

En l’espace d’un siècle, la situation change du tout au tout. L’interdiction d’enseigner l’irlandais dans les écoles primaires, la détérioration de la situation économique, la perte du prestige associé à la langue contribuent à un déclin marqué de l’usage de l’irlandais. Puis, la Grande Famine et surtout l’émigration qui s’en suit déciment la population rurale, si bien qu’à la fin du XIXe siècle, la population unilingue irlandaise ne forme plus que 1 p.100 de la population. Seulement 15 p.100 de la population parle encore irlandais. La situation est critique, l’anglicisation quasi inexorable.

Freiner le déclin

Au début du XXe siècle naît alors dans la population, en même temps qu’un fort sentiment nationaliste, une prise de conscience de l’importance de préserver l’irlandais en lui insufflant un nouveau dynamisme.

À la reconnaissance de l’État libre d’Irlande, en 1922, l’irlandais devient la langue nationale. Puis, en 1937, la Constitution proclame l’irlandais « première langue officielle » et l’anglais, « seconde langue officielle ». Ces mesures s’accompagnent d’une stratégie de l’État visant à préserver les îlots où l’irlandais est demeuré la langue de la communauté (lesGaeltacht), à favoriser le bilinguisme de la population unilingue anglaise et à doter le pays des structures nécessaires à la survie de l’irlandais dans le domaine public.

Beaucoup de locuteurs, peu d’occasions de parler

Aujourd’hui, environ 1,66 million de personnes au pays, soit 41 p.100 de la population, parlent irlandais. Dans les Gaeltacht, cette proportion s’élève même à 71 p.100. Cependant, le dernier recensement révèle que les capacités linguistiques de la population s’érodent une fois que les personnes ne sont plus à l’école, ce qui fait que le nombre de personnes bilingues diminue avec l’âge. Parmi les 1,66 million d’irlandophones, à peine 75 000 personnes (4 p.100) affirment parler irlandais tous les jours en dehors du contexte scolaire. En somme, à l’extérieur des établissements d’enseignement, l’irlandais peine à s’implanter dans la vie quotidienne.

La Loi sur les langues officielles

En plus de concrétiser le statut officiel de la langue inscrit dans la Constitution, l’objet de la Loi sur les langues officielles que l’Irlande a adoptée en 2003 consiste à faire une place à l’irlandais dans le domaine public. 

C’est l’affaire de tous!

« Aucune législation ne parviendra à sauver une langue en danger. C’est clair, la Loi sur les langues officielles ne suffira pas à préserver la langue irlandaise. Notre gouvernement, à lui seul, ne peut pas non plus y arriver. Les seuls à pouvoir sauvegarder la langue irlandaise sont les Irlandais eux-mêmes. Bien sûr, l'État et les organismes publics, y compris les autorités municipales, ont un rôle prépondérant à jouer dans la construction des structures nécessaires à la survie et à l'épanouissement de l'irlandais. » (notre traduction)

Seán Ó Cuirreáin, An Coimisinéir Teanga

Tirée du site du commissaire aux langues officiellesLien autre que le gouvernement du Canada * de l'Irlande.

L’Irlande a prévu dans la Loi sur les langues officielles la création d’un poste de commissaire aux langues officiellesLien autre que le gouvernement du Canada *. Tout comme au Canada, les fonctions du commissaire sont de veiller à ce que les organismes publics respectent la Loi, de mener des enquêtes et de conseiller les citoyens sur leurs droits linguistiques.

En vertu de la législation, l’irlandais et l’anglais sont les langues officielles du Parlement, des tribunaux et de l’administration publique. Ainsi, chacun a le droit d’employer l’irlandais ou l’anglais dans les deux chambres du Parlement et devant les tribunaux. Les lois ne sont pas rédigées en même temps dans les deux langues comme au Canada, mais elles doivent être publiées simultanément en irlandais et en anglais peu après leur adoption.

Les obligations du secteur public 

La Loi s’applique à tous les organismes gouvernementaux, mais aussi à ceux qui reçoivent du financement du gouvernement. Ainsi non seulement les ministères, organismes et sociétés d’État y sont assujettis, mais aussi les local authorities (en quelque sorte, les gouvernements municipaux), les universités et les autres établissements postsecondaires. Il y aurait à ce jour quelque 650 organismes visés par la Loi, et il est possible que d’autres s’ajoutent à la liste.

Ces organismes sont tenus de répondre à la correspondance en irlandais lorsqu’elle leur est adressée dans cette langue, de veiller à ce que les documents importants (par exemple, les rapports annuels) soient publiés en même temps en irlandais et en anglais, et de s’assurer que le papier à lettres la signalisation et les annonces enregistrées sont en irlandais, ou bien en irlandais et en anglais.

En ce qui concerne la prestation de services aux citoyens, les organismes publics doivent conclure une entente avec le ministère des Affaires des communautés, des régions et des Gaeltacht dans laquelle ils précisent la manière dont ils entendent fournir des services en irlandais ainsi que l’échéancier de l’implantation de ces services. Comme ces ententes varient d’un organisme à l’autre, il est parfois difficile pour le citoyen de savoir quels services il a droit de recevoir en irlandais.

La langue de travail

Il n’est plus obligatoire de savoir parler l’irlandais pour travailler dans la fonction publique, mais cette compétence est prise en considération lors des processus de sélection. D’ailleurs, les organismes publics doivent s’assurer qu’ils disposent du personnel nécessaire à la prestation de services en irlandais. Dans les bureaux situés dans les Gaeltacht, des mesures doivent être prises progressivement pour que l’irlandais devienne la langue de travail. 

Au-delà de la Loi

L’adoption de la Loi sur les langues officielles n’est en fait qu’une partie d’une stratégie gouvernementale plus large visant à revitaliser l’irlandais et à favoriser son usage dans tous les domaines de la vie culturelle et sociale. En plus d’un commissariat aux langues officielles, l’Irlande s’est dotée d’un organisme chargé de la promotion de la langue, Foras na GaeilgeLien autre que le gouvernement du Canada *.

L’éducation constitue la pierre angulaire de cette stratégie de revitalisation, car la transmission de l’irlandais aux enfants est primordiale pour la survie de la langue. Ainsi, partout au pays, l’apprentissage de l’irlandais est une matière obligatoire du primaire à la fin du secondaire dans toutes les écoles. Il existe aussi des écoles où l’ensemble de l’enseignement est donné en irlandais. En dehors des Gaeltacht, il y a présentement 166 de ces écoles au niveau primaire et 42 au niveau secondaire. Ce réseau s’est d’ailleurs grandement développé ces dernières années, grâce notamment au désir des parents de voir leurs enfants maîtriser l’irlandais.

Après avoir mené des consultations publiques, le gouvernement devrait bientôt publier une stratégie globale qui s’échelonnera jusqu’en 2028 pour favoriser l’essor de la langue irlandaise. 

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Ces Canadiens d’Irlande

Au Canada, il existe une population irlandaise depuis le XVIIe siècle. En fait, près de 14 p.100 de la population canadienne serait de descendance irlandaise. Les expositions suivantes montrent d’ailleurs l’étendue de l’apport des immigrants irlandais à notre patrimoine national.


Enfin un siège pour l’irlandais à l’Union européenne!

Le 1er janvier 2007, l’irlandais est devenu l’une des langues de travail de l’Union européenne ainsi que l’une de ses 23 langues officielles. C’est un moment historique pour l’Irlande, qui est membre de l’Union européenne depuis 1973.


Faites-vous l’oreille!

Vous êtes curieux d’entendre parler irlandais? Voyagez vers Dublin, grâce à Raidió na LifeLien autre que le gouvernement du Canada qui diffuse sa programmation en ligne.

 

*Disponible en anglais et irlandais seulement.

 

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