Moncton, ville bilingue
par Mireille Leblanc, Moncton (Nouveau-Brunswick)
Première ville canadienne à se déclarer officiellement bilingue en août 2002, Moncton vibre au son des accents de ses citoyens qui vivent leur vie quotidienne et culturelle dans les deux langues officielles. Son maire s’inscrit, quant à lui, à des cours de français langue seconde dans le but de s’adresser à ses électeurs dans la langue de leur choix, alors que l’Université de Moncton est une institution indispensable pour l’épanouissement de la minorité francophone.
Au coin de la rue Main et de la rue Botsford, des citoyens de Moncton sirotent un bon café tout en commentant les événements du jour en sautant sans façon d’une langue à l’autre comme pour mieux appuyer leur propos. Plus loin sur la rue Main, le Théâtre Capitol présente pour sa part une programmation étoffée d’événements dans les deux langues officielles et même des activités bilingues, à l’occasion. À l’autre bout de la ville, dans un site idéal pour les concerts extérieurs d’envergure, le groupe québécois Alfa Rococo était parmi les artistes invités à jouer en première partie du spectacle du rockeur américain Bon Jovi (en anglais seulement) en juin dernier. Et que dire du Festival Frye, un événement littéraire bilingue qui s’est bâti une réputation au Canada et où la langue de l’autre est une richesse à explorer? Il n’y a pas à dire, la ville de Moncton vit au rythme de son bilinguisme!
« Moncton est une ville cosmopolite et une large part de son attrait est son caractère bilingue. Par exemple, Moncton offre aux anglophones l’occasion de profiter des activités francophones qu’ils n’auraient pas [autant] la chance [de vivre] ailleurs », avance le maire George LeBlanc qui estime qu’au moins la moitié des quelque 126 000 habitants de la région de Moncton sont bilingues.
Un maire étudiant
Avec un nom de famille typiquement acadien comme « LeBlanc », il serait facile de supposer que la langue maternelle du maire est le français. Son père était bel et bien un Acadien, mais la langue parlée à la maison dans son enfance était celle de sa mère, une anglophone de Glace Bay, en Nouvelle-Écosse. « Ma mère ne comprenait pas le français. Quand on est jeune, on ne pense pas à ce genre de choses et ce n’est que plus tard dans ma vie que parler français est devenu plus important », a confié celui qui a poursuivi toutes ses études dans la langue de sa mère.
Depuis son élection à la tête d’une municipalité bilingue, George LeBlanc assiste à des cours de français trois fois par semaine et il s’efforce de mettre ses connaissances en pratique quotidiennement. « Mon français s’est amélioré de façon substantielle depuis que je suis maire. Je parle français tous les jours et, quand je prononce mes discours, j’utilise toujours du français », soutient-il avec fierté avant d’ajouter qu’il songe à faire un séjour en immersion française sous peu.
Un moteur économique bilingue
Et, comme maire, George LeBlanc ne peut nier l’importance économique du bilinguisme de sa municipalité qui lui permet, notamment, d’attirer des entreprises à la recherche d’une main-d’œuvre bilingue. « Il n’y a aucun doute que Moncton a connu une croissance plus dynamique et rapide à cause de son bilinguisme », dit-il. Il croit d’ailleurs que la prospérité et le développement économique de sa municipalité sont étroitement liés à la vie culturelle et artistique qui, elle, est enrichie de façon considérable par l’apport des deux communautés linguistiques.
Le bilinguisme de Moncton lui permettra aussi de se positionner avantageusement comme le point d’entrée d’un nouveau projet écotouristique d’envergure qui reliera les villes de Saint John, Sussex, Moncton et le parc national de Fundy. « Moncton sera l’une des ancres de cette porte d’entrée de Fundy, et notre statut de ville bilingue nous permettra d’attirer des touristes du Québec et du Nord du Nouveau-Brunswick », ajoute M. LeBlanc.
L’Université de Moncton, un phare pour la population francophone
C’est en février 1968, lors de la grève des étudiants de l’Université de Moncton, que ceux-ci prennent conscience de l’injustice qui existe envers les francophones du Nouveau-Brunswick. Des revendications s’ensuivent.
L’Office national du film a produit un long métrage intitulé L’Acadie, l’Acadie?!? , qui relate la réalité dans laquelle les étudiants de Moncton et les Acadiens ont été plongés à cette époque.
Au coeur de l’effervescence de la minorité francophone de Moncton, on trouve des établissements comme l’Université de Moncton . La plus grande université canadienne entièrement de langue française à l’extérieur du Québec, l’Université de Moncton, forme depuis 1963 les chefs de file de la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick.
Rodrigue Landry, directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques dont les bureaux sont justement situés sur le campus de l’Université de Moncton, voit l’établissement comme un élément central de la vitalité linguistique francophone de sa communauté. « Je ne pense pas qu’il y ait une autre université au Canada qui a autant d’impact sur sa communauté que celle de Moncton », dit-il en mentionnant sa visibilité, son impact économique et son leadership en matière d’autonomie culturelle.
« L’Université de Moncton donne un statut au français à Moncton. Quand on voit le français soutenu par quelque chose d’aussi important qu’une université, la perception est que la langue française est importante », conclut M. Landry.
Nous sommes loin des débats municipaux qui ont malheureusement fait connaître Moncton à la fin des années 1960, alors que la langue française et la communauté acadienne étaient très peu considérées. La contribution des francophones au développement de Moncton et les relations entre les deux communautés linguistiques sont à la base du dynamisme du Moncton d’aujourd’hui.
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