Chapitre 1 - Un état de la situation

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La partie VII de la Loi sur les langues officielles prévoit que le gouvernement du Canada et les institutions fédérales doivent aider les communautés francophones et anglophones à s’épanouir de même qu’ils valorisent et encouragent l’usage des deux langues officielles. Afin d’atteindre ces objectifs, le gouvernement et les institutions fédérales doivent reconnaître le caractère du paysage linguistique du pays et contribuer à jeter des ponts entre l’ensemble des majorités et des communautés de langue officielle.

Les institutions fédérales doivent tenir compte des besoins des communautés de langue officielle, de leurs particularités et de leurs priorités en matière de développement. Il importe également qu’elles tiennent compte des barrières qui empêcheraient le renforcement de la dualité linguistique dans la société canadienne et qu’elles travaillent à les surmonter. Seul ce cheminement permettra de concevoir et de mettre en œuvre les mesures positives prévues par le législateur.

Mais quels sont ces besoins?
Quelles sont ces barrières?

1.1 Contribuer à la vitalité des communautés de langue officielle

Quelques faits

Au Canada, environ deux millions de personnes forment les communautés de langue officielle. Près d’un million compose les communautés de langue française des 12 provinces ou territoires majoritairement anglophones du pays. Un nombre presque égal d’anglophones habitent dans les diverses municipalités et régions du Québec.

Les communautés de langue officielle se trouvent dans des situations qui varient grandement d’un endroit à l’autre. Certaines affichent une vitalité forte, tandis que d’autres connaissent des difficultés importantes sur les plans démographique, économique, social ou culturel. Partout au pays, elles bénéficient du soutien du gouvernement du Canada et de ses partenaires. Dans les sections ci-dessous, des leaders communautaires nous donnent, dans leurs propres mots, un bref aperçu des obstacles à franchir. 

Photographie de Jennifer Johnson, directrice du Réseau communautaire de santé et de services sociaux
Jennifer Johnson, Québec

Répondre aux besoins croissants des Anglo-Québécois en matière de santé

« Les communautés anglophones du Québec éprouvent des difficultés de taille dans le domaine de la santé1 », note Jennifer Johnson, directrice du Réseau communautaire de santé et de services sociaux. Cet organisme a été mis sur pied pour appuyer les Anglo-Québécois afin qu’ils puissent bénéficier de soins de santé et de services sociaux dans leur langue.

D’abord, plusieurs de ces communautés comportent une proportion supérieure à la moyenne québécoise de chômeurs et de personnes à faible revenu. « Ce problème est grave, relève Mme Johnson, puisque les recherches montrent que les gens en situation de précarité ont tendance à éprouver des ennuis de santé de toutes sortes. Les institutions fédérales du secteur de la santé et celles du secteur de l’économie devraient tenir compte de cette réalité en travaillant main dans la main. »

Ensuite, certaines des communautés anglophones du Québec sont si petites que les acteurs du milieu de la santé ne tiennent pas toujours compte adéquatement de leurs besoins. « Dans des régions comme Saguenay, Québec Chaudière-Appalaches ou Bas-Saint-Laurent, où les anglophones représentent moins de 2 p. 100 de la population, les besoins particuliers des anglophones échappent au radar des prestataires de services », avance la directrice.

Enfin, beaucoup de membres des communautés anglophones hésitent à réclamer les services en anglais auxquels ils ont droit, de peur que cela ne les pénalise. « Ils savent à quel point des pressions s’exercent sur le système de santé, et ils craignent, par exemple, qu’en réclamant des soins dans leur langue, ils doivent attendre leur tour encore plus longtemps », souligne Mme Johnson.

Il faudrait que les communautés anglophones nouent des partenariats avec les acteurs locaux du système de santé québécois lorsqu’il n’y a pas d’organismes membres du Réseau communautaire de santé et de services sociaux dans leur région. « Les communautés ont un rôle clé à jouer dans la conception et la mise en œuvre des solutions qui leur permettraient de bénéficier de services de santé en anglais, conclut Mme Johnson. Leur participation ferait en sorte que les projets tiennent compte de leurs vrais besoins et, par conséquent, qu’ils aient un effet bénéfique maximal. » [traduction]

Vivre en santé et en français

« Les gens qui souffrent veulent généralement s’exprimer dans leur langue maternelle », note Claudine Côté, directrice générale de la Société Santé en français. « Le problème, c’est que les ressources requises pour répondre adéquatement aux besoins des francophones en situation minoritaire sont souvent absentes ou méconnues. » Résultat, « il arrive que des patients en situation de crise appellent une ligne de prévention du suicide et que personne ne soit en mesure de leur répondre en français pour les aider à gérer la crise qu’ils traversent.

« Bien que des progrès importants aient été réalisés, il existe toujours des communautés qui ne reçoivent pas de services adéquats en français, continue la directrice générale. En ce sens, le gouvernement fédéral pourrait jouer un rôle de leader auprès des responsables des systèmes de santé provinciaux et territoriaux. »

Renforcer l’école de langue française

L’école constitue l’un des maillons principaux grâce auxquels les communautés de langue officielle transmettent leur langue et leur culture aux plus jeunes de manière à ce qu’ils puissent un jour, à leur tour, les perpétuer. Cela explique que les conseils scolaires francophones sont déterminés à protéger l’ensemble de la clientèle susceptible d’élargir les rangs des communautés francophones et de les y intégrer adéquatement2. Les conseils font aussi de grands efforts pour convaincre les parents qui ont le droit d’envoyer leurs enfants à l’école de langue française d’exercer ce droit. Par exemple, le ministère de l’Éducation de l’Ontario, en collaboration avec les conseils scolaires ontariens, a lancé la campagne « L’école en langue française en Ontario, c’est tout un monde de possibilités! ».

Selon la Fédération nationale des conseils scolaires francophones, à l’extérieur du Québec, le nombre total d’écoles de langue française qui vont de la maternelle à la douzième année est de 6273. Près de la moitié des enfants dont au moins un des parents est de langue française fréquente l’une de ces écoles4. En outre, beaucoup de jeunes sont inscrits dans les écoles de langue anglaise ou les écoles d’immersion de leur milieu, souvent parce que leurs parents méconnaissent les bienfaits de fréquenter les écoles de langue française (voir l’encadré).

En outre, ces écoles cherchent à accroître la variété de leurs cours et à posséder davantage de ressources pédagogiques adaptées à la réalité des élèves francophones (notamment à celle des nouveaux venus); à recruter du personnel spécialisé (par exemple, des orthophonistes), surtout les écoles qui sont situées à l’extérieur des grands centres, puisqu’elles en ont souvent grandement besoin; ou à faire de l’école un pilier fondateur de l’épanouissement des communautés francophones.

Photographie de Roger Paul, directeur général de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones
Roger Paul, Ontario

Par exemple, Roger Paul, directeur général de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones, constate que « le district scolaire L’Étoile du Nord à Campbellton, au Nouveau-Brunswick, a décidé de faire en sorte que toutes ses écoles deviennent des "écoles communautaires", des établissements où les acteurs de la communauté et le personnel de l’école s’entraident de façon continue pour le bien de l’école et celui de la communauté. C’est grâce à ce genre de projets que la francophonie canadienne sera à même de relever le défi complexe de son épanouissement à long terme ».

Maintenir les effectifs scolaires de l’école de langue anglaise au Québec

Les commissions scolaires anglophones du Québec sont préoccupées par la question du recrutement, puisqu’elles sont confrontées à la fermeture des écoles de petites communautés. « Les Anglo-Québécois, ainsi que leur système scolaire, ont fait de la maîtrise du français leur priorité. D’ailleurs, les succès dans ce domaine le prouvent bien », ajoute Debbie Horrocks, présidente de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec. « Nous contribuons à la francisation du Québec. Dans ce contexte, il est très frustrant de devoir se battre sans arrêt contre des modifications et des règlements administratifs qui restreignent toujours plus la possibilité d’aller à l’école de langue anglaise. Nos écoles arriveront toujours à trouver des moyens de répondre aux besoins des élèves et de la communauté mais, pour ce faire, nous avons besoin d’un peu d’oxygène. » [traduction]

Assurer l’épanouissement et le rayonnement de la culture anglo-québécoise

« La culture américaine d’expression anglaise est omniprésente au Québec, tout comme ailleurs au Canada. Or, la quantité illimitée de produits importés étouffe la culture anglo-québécoise locale », explique Guy Rodgers, directeur général du English-Language Arts Network.

« Pour développer des relations de travail constructives avec nos collègues francophones, dans un contexte où l’on perçoit une vitalité accrue de la langue anglaise comme une menace pour le français, les artistes anglo-québécois se sont faits discrets durant de nombreuses années. La conséquence fortuite a été de nous rendre encore plus invisibles, ajoute-t-il. C’est assez ironique, parce que bien des artistes comme Arcade Fire ou des auteurs primés tels Rawi Hage et Heather O’Neill jouissent d’une bonne renommée. Notre priorité consiste à établir la "marque" de la culture anglo-québécoise en tant que force positive et créatrice au sein du Québec. C’est tout un défi!

« Pour renforcer la vitalité communautaire, nous devons aussi ouvrir l’accès à la culture de langue anglaise du Québec, affirme M. Rodgers. À Montréal, les salles de spectacle manquent et, ailleurs au Québec, les communautés anglophones n’ont que très rarement la chance d’assister à des spectacles. Il faut des infrastructures pour mettre le public en contact avec le nombre grandissant d’artistes. De toute évidence, l’invasion de produits culturels américains n’aide pas la communauté à se développer! » [traduction]

Photographie d'Éric Dubeau, directeur général de la Fédération culturel canadienne-française
Éric Dubeau, Ontario

Les artistes francophones affrontent la concurrence de deux majorités

« Les défis sont nombreux pour les artistes et les travailleurs culturels des communautés francophones, surtout que l’éloignement des communautés pose à lui seul un défi majeur. Mais il y a aussi des défis constants en ce qui a trait au développement des auditoires afin de susciter l’intérêt pour les œuvres et les produits artistiques et culturels de la francophonie canadienne puisque, souvent, ceux-ci sont moins connus du public de nos communautés qui, malheureusement, ne peut souvent assister à des manifestations culturelles de ses artistes dans sa communauté », note Éric Dubeau, directeur général de la Fédération culturelle canadienne-française. L’attrait des contenus issus du Canada anglais ou du Québec français est fort. « Dans le fond, on affronte la concurrence de deux majorités », souligne le dirigeant.

La mise en place d’un réseau performant de diffusion de la culture francophone constitue aussi un enjeu de taille. Par exemple, les communautés francophones se sont dotées d’un circuit organisé de diffusion des arts de la scène ces dix dernières années, mais « elles n’ont toujours pas assez de ressources à leur disposition pour faire vivre leurs centres culturels, leurs théâtres ou offrir des services de qualité, au quotidien, aux francophones et francophiles », ajoute M. Dubeau.

Développer l’économie des communautés de langue officielle

En 2009, après plusieurs années de préparation et grâce à l’appui de partenaires gouvernementaux divers, l’Association des Coasters démarrait le projet « Développement de la filière des petits fruits et des champignons : produits forestiers non ligneux nordiques et maritimes à valeur ajoutée ». Cette initiative vise le développement d’une industrie agroalimentaire axée sur la culture des petits fruits et des champignons sauvages de même que la production d’aliments et de produits de santé naturels dans la Basse-Côte-Nord du Québec, une région majoritairement peuplée d’anglophones. Ce projet a été conçu pour pallier l’un des problèmes qu’éprouve la communauté des Coasters, tout comme plusieurs autres communautés anglophones du Québec, soit le déclin de l’industrie qui faisait vivre leur ville ou village.

« Nous devons stopper l’exode qui vide nos collectivités », avance Anthony Dumas, président de l’Association des Coasters. « En 2003, le moratoire sur la pêche à la morue a eu pour effet que 50 p. 100 de la population quittent [notre] région pour un travail saisonnier. Lorsque je dis : "quittent la région", je veux dire quittent la province de Québec parce que nous pouvons travailler partout au Canada sauf dans notre propre province. Un grand nombre de nos jeunes partent pour ne plus revenir. Notre qualité de vie, nos occasions d’emploi et notre capacité à soutenir notre collectivité et notre économie sociale dépendent de notre économie6. »

Le développement économique dans l’Acadie du Nouveau-Brunswick

Sur le plan du développement économique, « il faudrait d’abord susciter l’émergence d’activités à valeur ajoutée dans la péninsule acadienne », relève Roger Doiron, vice-président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick. En particulier, note-t-il, « il faudrait faire en sorte que les produits de notre pêche soient transformés sur place, en Acadie, plutôt qu’ailleurs ». Une meilleure reconnaissance des diplômes des immigrants francophones donnerait aussi un bon coup de pouce à l’économie communautaire. « Beaucoup de francophones quittent leur communauté pour s’établir dans le Sud du Nouveau-Brunswick ou ailleurs, où il y a plus d’emplois, remarque M. Doiron. Cet exode a un effet marqué sur la communauté, puisqu’il entraîne des fermetures d’écoles, lesquelles incitent à leur tour de jeunes familles à partir, et ainsi de suite. Les gouvernements devront faire preuve de détermination et de volonté pour aider la communauté à renverser cette tendance. »

Intégrer les nouveaux arrivants

L’immigration constitue l’un des éléments clés du développement des communautés francophones, puisqu’elle pourrait servir à freiner leur déclin démographique. Les communautés francophones comprennent d’ailleurs de plus en plus son importance. Elles font donc de plus en plus d’efforts, avec le soutien du gouvernement fédéral, des provinces et d’autres acteurs, pour attirer chez elles les immigrants de pays comme la France, le Maroc ou la République démocratique du Congo.

Photographie de Marc Arnal, doyen du Campus Saint-Jean de l'University of Alberta
Marc Arnal, Alberta

Cela explique aussi, note Marc Arnal, doyen du Campus Saint-Jean de l’University of Alberta, que les communautés sont en train « de passer d’une définition du mot "francophone" basée principalement sur la culture traditionnelle à une définition basée sur la langue qu’une personne utilise et, surtout, sur la volonté de cette dernière de contribuer activement à l’essor du français ». 

Jeter des ponts entre majorités et communautés de langue officielle

« Pour bâtir la francophonie canadienne », avance Denis Desgagné, le président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques, « il est indispensable que les francophones et les autres Canadiens apprennent à travailler ensemble, dans un rapport gagnant-gagnant ».

M. Desgagné a acquis cette conviction profonde lorsqu’il dirigeait l’Assemblée communautaire fransaskoise. « On s’est rendu compte un jour que la majorité nous connaissait mal. De notre côté, on a fini par découvrir que la majorité saskatchewanaise est en fait composée de minorités : à côté des Métis, on trouve des gens d’origine allemande, ukrainienne, etc. Il était temps de faire éclater les silos et de faire en sorte que nous nous connaissions mieux. »

En se parlant, Métis et Fransaskois ont commencé à panser certaines des blessures profondes que 125 ans d’histoire avaient causées. Ils ont aussi jeté les bases d’une collaboration nouvelle qui a récemment pris la forme d’un projet prometteur de valorisation du terroir de la région de Batoche et de ses produits.

Les Anglo-Québécois tendent la main aux francophones

Les communautés anglophones du Québec montrent une volonté forte de s’épanouir et de préserver leur identité propre, mais tant leurs leaders que leurs membres sont fermement convaincus qu’elles ne pourront atteindre cet objectif qu’à condition de travailler de concert avec la majorité francophone. Cela explique la tenue d’événements comme la Journée des Townshippers qu’a créée voilà 30 ans la communauté anglophone des Cantons-de-l’Est comptant quelque 35 000 personnes pour célébrer son enracinement à ce territoire de même que pour resserrer les liens qui l’unissent aux 400 000 résidents de langue française des Cantons-de-l’Est. « [L’intégration] s’inscrit dans l’approche générale préconisée pour inciter [francophones et anglophones] à travailler et à vivre ensemble dans les Cantons-de-l’Est7. »

1.2 La promotion de la dualité linguistique

La dualité linguistique : un actif précieux

Au Canada, plus de cinq millions de personnes se disent capables de s’exprimer dans les deux langues officielles8. Cette dualité linguistique représente une valeur canadienne fondamentale, un actif précieux sur tous les plans.

Dans la sphère économique, la présence d’une main-d’œuvre bilingue et bien scolarisée explique en partie que, dans les années 1990 et 2000, le Nouveau-Brunswick soit devenu un lieu attrayant pour implanter de grands centres d’appels9. En outre, le fait que Montréal soit la ville d’Amérique du Nord comptant le plus de personnes bilingues et trilingues lui confère un avantage important à l’ère de la mondialisation et explique en partie que, malgré la crise économique actuelle, la métropole du Québec continue de se démarquer dans le secteur des hautes technologies10.

Sur le plan politique, il est indiscutable que la dualité linguistique demeure un facteur de cohésion important dans la société canadienne. Ainsi, selon un sondage d’opinion publique récent de la firme Angus Reid, 62 p. 100 des Canadiens ont l’impression de vivre dans un pays bilingue. De plus, 84 p. 100 des Québécois jugent qu’il est important de maîtriser les deux langues officielles11.

En outre, le bilinguisme de ses institutions fédérales a permis au Canada de faire partie des pays qui ont envoyé des Casques bleus francophones en Haïti, soldats dont la contribution exceptionnelle a été soulignée par le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies12.

Le double atout du Canada

S’il ne fait nul doute que l’anglais constitue la lingua franca de ce début de siècle, le français demeure l’une des langues les plus enseignées et utilisées dans les pays africains, arabes, européens, hispaniques et anglophones. « En fait, jamais dans l’histoire du français autant de personnes n’ont appris et parlé cette langue13. »

En matière culturelle, les Canadiens sont d’avis que la dualité linguistique constitue un facteur d’enrichissement considérable. Ainsi, 29 p. 100 des Québécois de langue française regardent autant d’émissions de télévision en anglais qu’en français14, et de 20 à 26 p. 100 des Canadiens de langue anglaise ont assisté à au moins un événement culturel à caractère francophone au cours de l’année15.

Comme les parties de la Loi sur les langues officielles forment un tout cohérent, promouvoir la dualité linguistique constitue à la fois un objectif en soi ainsi qu’un moyen de mieux servir le public, de favoriser l’utilisation accrue du français et de l’anglais comme langues de travail de l’administration fédérale et, aussi, de renforcer la vitalité des communautés de langue officielle.

Par exemple, non seulement les programmes d’enseignement du français langue seconde ouvrent de nouveaux horizons aux anglophones et aux allophones du Canada, mais ils rapportent aussi aux communautés francophones. En effet, parfois, les jeunes et les adultes qui apprennent le français tissent des liens avec la communauté ou en deviennent des membres actifs en se joignant à elle ou en fréquentant ses institutions.

Il importe de rappeler que la responsabilité de promouvoir la dualité linguistique incombe d’abord et avant tout au gouvernement du Canada. Les institutions fédérales ne peuvent pas cependant faire cavalier seul. Elles doivent établir des partenariats avec d’autres acteurs, comme les gouvernements provinciaux, territoriaux et municipaux, les établissements postsecondaires, les entreprises et les organisations non gouvernementales.

Les choses progressent, mais il y a toujours place à l’amélioration

On est encore loin du respect de la Loi sur les langues officielles et de la vision que le commissaire aux langues officielles a présentée dans son rapport annuel de 2008-2009, celle d’un pays qui ne rate aucune occasion de refléter la dualité linguistique, de la célébrer et de l’accentuer.

On l’a vu à Vancouver, alors que la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de 2010 n’a pas su refléter pleinement la dualité linguistique canadienne16. On le remarque aussi chaque jour lorsque le gouvernement prend trop peu de moyens pour rappeler à l’ensemble des dirigeants et des employés fédéraux que la dualité linguistique est une valeur essentielle. À cet égard, il importe de s’assurer que celle-ci n’est pas uniquement reconnue le deuxième jeudi de septembre marquant la Journée de la dualité linguistique.

Cinq provinces, cinq jours de discussion

Comme suite à l’étude Deux langues, tout un monde de possibilités : L’apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes17, le Commissariat aux langues officielles et Canadian Parents for French ont organisé en 2010-2011 une série de cinq tables rondes sur la question de l’enseignement de la langue seconde dans les universités de l’Atlantique et du Manitoba. Ces tables rondes ont permis aux participants de discuter des obstacles à surmonter pour faire en sorte que les jeunes Canadiens deviennent bilingues. Elles ont aussi servi à faire connaître des pratiques intéressantes que l’ensemble des acteurs devrait adopter18.

Les obstacles à franchir pour augmenter le nombre de Canadiens bilingues sont nombreux. Au Québec, ils incluent une pénurie de professeurs qualifiés d’anglais langue seconde pour enseigner au primaire ou au secondaire. Ailleurs au Canada, puisqu’il n’y a pas assez de programmes postsecondaires en français, les étudiants ne peuvent donc pas suivre de cours dans leurs domaines de spécialisation dans leur langue.

Lorsqu’on parle de l’apprentissage de la langue seconde, un problème en particulier mérite d’être soulevé : les jeunes allophones des provinces anglophones ont encore trop de difficulté à s’inscrire dans des programmes d’immersion française.

Le rapport de Canadian Parents for French, L’état de l’enseignement du français langue seconde au Canada de l’an 2010 – Sommaire exécutif19, aborde d’ailleurs cette question. On y apprend d’abord qu’à l’extérieur du Québec, beaucoup de parents allophones souhaiteraient que leur enfant puisse apprendre à maîtriser le français. Toutefois, une proportion élevée d’entre eux ne reçoit pas d’information sur les programmes d’immersion française offerts dans le système scolaire. De plus, trop d’élèves allophones se voient décourager, voire carrément interdire, de suivre un enseignement en français langue seconde.

Il faudrait, au contraire, que le gouvernement fédéral encourage l’ensemble de ses partenaires du milieu de l’éducation à prendre des mesures pour bien faire connaître les programmes d’immersion française aux parents allophones, ainsi que pour faciliter et encourager l’inscription de leurs enfants à ces programmes. Il conviendrait aussi de mieux sensibiliser le personnel scolaire au fait que les allophones tireraient avantage de bien maîtriser le français.

Quand les encouragements ne viennent pas

« – Votre fils étudie-t-il le français?

– Non.

– A-t-il eu le choix d’étudier le français?

– Les enseignants sont d’avis que c’est trop difficile pour eux.

– Qu’en pensez-vous?

– Non, je pense que les enfants ont besoin d’en apprendre davantage. Mais ils disent que non, non, il n’a pas besoin du français, qu’il a seulement besoin de l’anglais… J’ai dit à l’enseignante qu’il avait besoin du français, et elle a répondu que non, que peut-être que le français était trop difficile pour lui, que peut-être que l’année prochaine il pourrait prendre des cours de français, et mon mari a dit que non, non, le français est vraiment important ici… Oui, ils répètent que c’est trop difficile pour lui […]

– Êtes-vous d’accord?

– Non […]. Mais pour cette année, c’est correct. J’écoute l’enseignante. Mais l’année prochaine, il suit des cours de français. » [traduction]

Témoignage d’un parent allophone de North Bay20

1.3 Ces défis appellent des changements

Il reste du progrès à faire avant que les communautés de langue officielle atteignent le degré de vitalité auquel elles aspirent, que la dualité linguistique soit enfin reconnue comme une valeur fondamentale du Canada et que les Canadiens qui souhaitent apprendre l’autre langue officielle puissent le faire.

Pour surmonter les difficultés qui freinent la vitalité, tant les communautés que les acteurs investis dans les questions de dualité linguistique ont besoin du soutien du gouvernement du Canada et des institutions fédérales, un soutien dont ils bénéficient déjà en partie. Par exemple, la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013 : Agir pour l’avenir a permis de démarrer ou de poursuivre de nombreux projets visant à valoriser la dualité linguistique auprès de tous les Canadiens, à favoriser le développement économique des communautés et à améliorer la situation de ces dernières, notamment en matière de santé, d’éducation, d’immigration et de culture.

Le gouvernement et les institutions devront toutefois améliorer la qualité de leurs interventions pour que les communautés surmontent leurs défis. Lors des journées de dialogue que Patrimoine canadien a organisées, en mai 2010, au sujet du programme des langues officielles et de la Feuille de route 2008-2013, les représentants des communautés de langue officielle ont entre autres insisté sur la nécessité d’améliorer l’arrimage et la concertation institutions-institutions et institutions-communautés, que ce soit à l’échelle nationale ou régionale.

De plus, comme l’ont fait valoir les communautés lors des journées de dialogue, il faudra davantage qu’un plan d’action quinquennal pour promouvoir le français et l’anglais dans la société canadienne. Le gouvernement devra aussi se montrer plus déterminé à mettre en œuvre la partie VII de la Loi sur les langues officielles qu’il ne l’est actuellement; Patrimoine canadien et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada devront jouer un rôle accru dans cette mise en œuvre; et toutes les institutions fédérales devront pleinement satisfaire à leurs obligations en vertu de la partie VII de la Loi sur les langues officielles.

En outre, le 9 mars 2011, le Commissariat aux langues officielles a tenu le forum de discussion La mise en œuvre de la partie VII de la Loi sur les langues officielles : Comprendre, dialoguer, agir. Cet événement, qui a réuni plus d’une centaine de représentants d’institutions fédérales, de communautés de langue officielle et d’autres secteurs, a été un succès. Plusieurs participants ont indiqué que l’événement leur avait permis d’établir ou de poursuivre un dialogue, en plus d’accroître la compréhension commune des enjeux et des défis en ce qui a trait à la mise en œuvre de la partie VII et des mesures positives.

Notes

1 Dans le présent rapport, à moins d’indications contraires, les propos des personnes citées ont été recueillis par courriel ou lors d’entretiens téléphoniques réalisés entre le 19 janvier et le 20 mars 2011.

2 Par exemple, voir Commissariat aux langues officielles, Droits linguistiques 2007-2009, Ottawa, 2009, p. 21. Également en ligne; consultation le 31 mars 2011. Voir aussi Maxence Jaillet, « CSFTNO c. P.G. TNO : Un soutien national », L’Aquilon, 16 décembre 2010. Également en ligneSite externe; consultation le 31 mars 2011.

3 Fédération nationale des conseils scolaires francophones, Annuaire de l’éducation en français au Canada 2010-2011, 11e édition, Ottawa, 2010. Également en ligneSite externe; consultation le 31 mars 2011.

4 Statistique Canada, Les minorités prennent la parole : résultats de l’Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle, produit n˚ 91-548-X au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, 2007, p. 54. Également en ligneSite du gouvernement; consultation le 31 mars 2011.

5 Rodrigue Landry, Petite enfance et autonomie culturelle : Là où le nombre justifie...V, Moncton, Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, 2010, p.11-12. Également en ligneSite externe; consultation le 31 mars 2011.

6 Comité sénatorial permanent des langues officielles, Délibérations du Comité sénatorial permanent des langues officielles, fascicule n˚ 7, Ottawa, 13 septembre 2010. Également en ligneSite du gouvernement; consultation le 31 mars 2011.

7 Scott Stevenson, « Sur le chemin des Cantons », Au-delà des mots, 16 août 2010, version en ligne consultée le 31 mars 2011.

8 Statistique Canada, Connaissance des langues officielles (5), nombre de langues non officielles connues (5), groupes d’âge (17A) et sexe (3) pour la population, pour le Canada, les provinces, les territoires, les régions métropolitaines de recensement et les agglomérations de recensement, Recensement de 2006–Données-échantillon (20 %) (tableau), Tableaux thématiques : Connaissance des langues officielles, produit n˚ 97-555-XCB2006009 au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, 22 octobre 2007.

9 Carol Power, « New Brunswick called best place for a call center », American Banker, 65 (8) (12 janvier 2000) (en anglais seulement).

10 Affaires étrangères et Commerce international Canada, « Le Grand Montréal demeure un marché hautement attractif pour les investisseurs étrangers », Centre de ressources pour les médias, 28 septembre 2010, version en ligneSite du gouvernement consultée le 31 mars 2011.

11 Vision Critical / Angus Reid, Sondage Angus Reid-La Presse, sondage d’opinion publique portant sur le bilinguisme, 9 et 10 février 2011, version en ligneSite externe consultée le 31 mars 2011.

12 « La sécurité et la santé, principales préoccupations de Stephen Harper », Métropole Haïti, 21 juillet 2007, version en ligneSite externe consultée le 31 mars 2011.

13 Jacques Leclerc, « Le français », L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, Université Laval, 2010, page WebSite externe consultée le 31 mars 2011.

14 Ministère de la Culture et des Communications du Québec, La pratique culturelle au Québec en 2004 : Recueil statistique, Québec, 2005, p. 9. Également en ligneSite externe; consultation le 31 mars 2011.

15 Jack Jedwab, La francophonie et la consommation culturelle : est-ce que la Loi sur les langues officielles est le précurseur des politiques multiculturelles?, Montréal, Association d’études canadiennes, 2009, diapositive 15, version en ligneSite externe consultée le 31 mars 2011.

16 Commissariat aux langues officielles, Rapport final sur les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver, Ottawa, 2010, p. 11. Également en ligne; consultation le 31 mars 2011.

17 Commissariat aux langues officielles, Deux langues, tout un monde de possibilités : L’apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes, Ottawa, 2009. Également en ligne; consultation le 31 mars 2011.

18 Commissariat aux langues officielles, Quatre provinces, quatre jours : Rapport sur les discussions des tables rondes en Atlantique sur le continuum des possibilités d’apprentissage en langue seconde, Ottawa, 2010. Également en ligne; consultation le 31 mars 2011.

19 Canadian Parents for French, L’état de l’enseignement du français langue seconde au Canada de l’an 2010 – Sommaire exécutif, Ottawa, 2010, p. 5. Également en ligneSite externe; consultation le 31 mars 2011.

20 Callie Mady, Voices of Allophone Adults and Allophone University Students: Perspectives and Experiences with French as a Second Official Language in Canada, Ottawa, Canadian Parents for French, 2010, p. 28, version en ligneSite externe consultée le 31 mars 2011 (en anglais seulement).



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